Je vais essayer de généraliser et de vulgariser un peu, à la fois sur le SPT, à la fois  sur celui spécifiquement lié au.x vio.l.s, à la fois sur les personnes qui vivent ou ont vécu ces situations en étant autistes pour rester à la fois accessible à celleux qui ont eu la chance miraculeuse que ça ne leur arrive pas (soit une femme autiste sur 10 chez les personnes T.S.A… ça ne me fait pas rire de le résumer ainsi mais c’est presque comme si tu ne pouvais pas être une « vraie autiste » sans avoir été violée, mais aux dernières nouvelles, il paraîtrait qu’avant diag c’est mieux, cf. itw de J.Schovanec sur handicap.fr intitulé « Autisme adulte, trop de diagnostics abusifs » on y reviendra parce qu’y a DU BOULOT, et du gros œuvre, même), surtout celleux là, en fait, et celleux qui ont encore des séquelles, à qui ça peut éventuellement servir de base documentaire s’iels (et c’est un choix aussi respectable qu’un autre) sont resté.e.s dans le silence et ont encore peur, ont du mal à,ou ne souhaitent pas l’évoquer. Je n’ose pas encore acheter le livre de Muriel Salmona, mais entre le début de l’écriture de cet article et en le reprenant là, j’ai pu faire des exercices d’après des textes éparts que j’ai trouvé d’elle sur le oueb et ceux ordonnés par ma psy et guess what??? La dissociation a commencé à se tailler la malle très loin en même temps que ça a permis de faire remonter des souvenirs de mémoire traumatique utiles à l’enquête en cours.

J’espère que décortiquer m’aidera un peu et en aidera d’autres aussi…. et continuer de réparer petit à petit mes problèmes mnésiques, liés à tout ça.

Définissons le stress post traumatique ou ESPT ou État de Stress Post Traumatique, ou TSPT pour Trouble du Stress Post Traumatique ou SSPT, Syndrome de Stress Post Traumatique.

Il survient en général suite à une situation en lien avec la mort, de manière directe ou indirecte : violence de tout type envers la victime ou en être témoin, torture, accident grave, attentat, guerre, mort violente ou subite, ou en être témoin… Le cas où la victime est le témoin d’actes indigestes pour le cerveau. On parle de Stress, en miroir du Trouble Anxieux exacerbé que génère le traumatisme, en particulier dans les premiers temps suivant son origine. Par exacerbé, s’entend au delà de la raison, de la possibilité de rationaliser les choses et de reprendre le cours de sa vie telle qu’elle l’était auparavant.

À bien différencier de l’autisme malgré des comportements qui peuvent faire penser à ce dernier, avec lequel il pourrait être confondu, le traumatisme dans son fonctionnement est en réalité agencé de toute autre manière, avec des causes profondément différentes, et si certains symptômes de l’un ou de l’autre peuvent paraître proches à première vue (de loin), le mécanisme n’est absolument pas le même, en revanche ce mécanisme est identique à peu de choses près pour les personnes traumatisées, TSA ou non. (*)

L’autisme étant une constante, quel que soit « l’endroit » de son spectre, on est toujours autiste avec des moments où le handicap est moindre ou amplifié, simplement dans la vie courante. Le SSPT n’engendre pas l’autisme, en revanche chez la personne autiste, qui se retrouve en SSPT suite à un, plusieurs évènements traumatisants, (le T.S.A suggérant une anxiété quasi constante en toile de fond), les séquelles liées vont amplifier les difficultés initiales que rencontre déjà la personne TSA. On peut l’imaginer avec une image simple :

Une personne non autiste / sans problème d’anxiété particulier à la base de sa condition souffrira moins qu’une personne autiste (ou autres troubles psych) pour qui l’anxiété est une donnée incontournable de ses difficultés à évoluer dans la société, une personne autiste ayant subi/subissant un ou plusieurs SSPT, verra ses problèmes d’anxiété de « base » augmenter d’une manière aggravante de sa condition, pouvant mener à des conséquences catastrophiques. . .

La seule chose à retenir sur le sujet : quelle que soit la condition d’une personne souffrante d’un SPT, passé ou présent et qui l’évoquerait : il n’y a aucune matière à vouloir utiliser son traumatisme pour l’en blâmer, l’insulter, l’humilier dans n’importe quelle situation où elle le mentionnerait, dans n’importe quelle façon d’agir ou de parler qu’elle en aurait qui y serait lié directement (= victim blaming en anglais, mais vous trouverez des caisses d’articles sur le sujet). Et j’insiste là dessus, vous pouvez être en désaccord total avec une personne qui a/a eu un/plusieurs SPT, si elle l’évoque, merci de la laisser dans son jus  et de passer votre chemin si vous aviez prévu de parler de SPT pour lui retourner quoi que ce soit d’autre qui vous déplait dans la face. Et je donnerai encore moins d’excuses à une personne qui le ferait en ayant traversé des épreuves similaires. (oui je fais la pluie et le beau temps sur mon blog, mais pour l’avoir éprouvé récemment, sans idée que ça pouvait simplement traverser l’esprit de quelqu’un d’en arriver là, de manière directe ou indirecte, j’ai trouvé ça très moche).

« On ne peut plus rien dire, alors? » … Pas vraiment, pas sur ce sujet là en tout cas, le respect de la parole des victimes doit prendre le pas sur les commentaires publics de chacun sur le sujet. Juste : –> On a RIEN à dire. Tout le monde ne réagit pas de la même manière, une personne faisant mine de ne pas être touchée par les évènements liés à son SPT, *magie…. sans que vous le sachiez* peut en être plus touchée qu’une personne en plein processus de reconstruction et qui en parle haut et fort. Si hier, j’avais besoin d’en parler sans cesse (ce qui fait partie des conséquences du SPT), aujourd’hui, en ce qui concerne mon histoire, si quelqu’un qui en connait les détails veut me parler de mon vécu ou m’en demander des nouvelles : j’ai juste envie de me chanter un air des Boo Radleys dans ma tête (et j’aime pas du tout Boo Radleys, en particulier « Wake Up it’s a beautiful morning »… je sais toujours pas où ils ont été pioché ça, mais à choisir, je préfère un bon vieux Wham).

À + que retenir aussi : quand la personne qui vit avec un SPT, et c’est beaucoup le cas quand il s’agit de viol.s : une majorité de victimes n’aura pas le réflexe d’en parler, parce que même si toutes les associations et les personnes de bonne volonté sur le sujet vous inciteront à le faire, ça n’est pas un réflexe, justement, de même que déposer plainte, d’aller voir un professionnel pour tenter de s’en remettre, et combinera (ou non) avec les moyens du bord. Et c’est aussi respectable. Une des raisons qui peut également retenir la personne de porter plainte, outre la réputation et les faits de mal prise en charge des plaignantes en commissariat, c’est aussi le temps qui peut s’écouler entre l’expérience de mort imminente et le temps de choc avant de le réaliser en raison de la violence des actes subits ou vus. Temps variable, qui une fois que la personne a réalisé ce qui lui était arrivé, peut mener à des réflexions de type « Il est trop tard, maintenant », « je n’ai rien pour le prouver » « On ne me croira pas », pour la victime en question, c’est déjà bien souvent tellement surréaliste ou impensable de se dire « ça m’est arrivé à moi », que peu de personne auront le réflexe d’appeler le Samu, les Pompiers, la Police, dans ce genre de situation.

Sur les aides au dépassement du trauma : et en dépit de ce qu’en pense la science ou les experts des réseaux sociaux, une petite note sur l’EMDR : sachez que si beaucoup de charlatans existent dans de nombreux domaines, un bon EMDR, peut, même des années plus tard, vous aider à mieux vivre, à briser certains schémas ( = reprogrammation neurologique), et certains sont remboursés. (bien sûr, si vous sentez l’arnaque, c’est pas la peine d’y retourner, si c’est pas le bon ou que la technique ne vous convient pas).

Sur les TSA et le SPT. Les deux sont classés dans le DSM-5, le SSPT n’est donc pas un état temporaire, bien qu’il puisse plus ou moins s’atténuer avec le temps, par des thérapies qui lui sont propres et dont l’efficacité est variable et/ou adaptée d’une personne à l’autre.

Sur la base des conséquences directes d’un SSPT, outre l’anxiété accrue, dans les premiers jours, semaines, mois, selon la gravité du trauma (ces symptômes sont considérés comme sévères jusqu’à trois mois après les évènements, chroniques s’ils persistent au delà), le SPT se définit par la triade suivante :

Reviviscences de l’évènement traumatisant, en boucle : avoir des flashbacks vécus de manière aussi réelle que l’évènement en cause (réminiscences intempestives et/ou répétitives de l’évènement), cauchemars relatifs à cet évènement (y compris par métaphore ou analogie), sentiments d’effroi, d’horreur, qui engendrent des crises de panique, d’angoisse récurrentes, peur de revivre l’évènement, ressenti d’intrusion qui peut ressurgir à tout moment et handicape fortement la personne dans ses activités quotidiennes (TSA ou pas, mais TSA +, quand même… je sais que ça embête beaucoup les valides, quand on dit les handicapés rappellent leurs difficultés primaires liées à leur état « mais, oui, nous plus »,  il va falloir que ça rentre. On se passerait bien du handicap, comme de vos « moi aussi », vous n’avez pas idée, de ce que nous vivons, donc juste respectez sans en rajouter, svp, et n’ajustez pas à votre cas des malus avec lesquels vous n’avez pas à combinez au quotidien. C’est pas une façon correcte de nous marquer votre compassion ou votre acceptation, ça sonne plutôt comme le contraire assorti de beaucoup de méconnaissances du sujet.

Les personnes qui en sont atteintes REVIVENT l’évènement avec la même intensité que l’évènement déclencheur. Pour donner des exemples concrets :

  • avoir en permanence l’odeur du sang dans le nez, par exemple pour une personne ayant assisté ou ayant été exposée à un/des décès violents / attentat…
  • avoir une sensation de froid persistante malgré une température chaude ou une peur irrationnelle en ayant été en témoin ou victime d’une violence où la personne concernée ou le témoin en tant que victime, avait froid à ce moment là.
  • dans le cas d’un ou plusieurs viols, ou de violences physiques, de tortures : revivre les actes infligés par le.s prédateur.s  (pénétration, attouchements, coups, douleurs, etc.) comme s’ils étaient réels. Ré-entendre les paroles, re-sentir les odeurs, re-voir des images qu’elles ont vues à ce moment là.

… Ces reviviscences, si elles sont constantes et très répétitives peu de temps après le traumatisme, peuvent ressurgir par la suite à tout moment, en particulier quand les personnes concernées se sentent menacées ou se retrouvent exposées à une situation qui leur rappelle l’événement initial… et parfois hors de tout contexte, ce qui m’est arrivé également par la suite, dans un environnement déjà connu et complètement sécurisant, aidée, assistée et entourée de proches, sans raison, sans lien connexe avec les évènements. La personne traumatisée aura tendance à éviter toute situation la ramenant à cet évènement. Parmi d’autres symptômes, on trouvera également des pensées qui s’imposent à l’esprit de manière incontrôlable, des dépressions graves, de la difficulté à ressentir certaines émotions, à  bien différencier d’une forme d’égoïsme, comme j’ai déjà eu l’occasion de l’entendre « Non mais je sais que le viol rend égoïste MAIS… » (j’ai hurlé en mon for intérieur et je me suis tu, le problème de la silenciation est encore trop récurrent, Noustoutes.org, le mouvement #metoo,  ou la dernière cérémonie des Césars ne me contrediront pas), des difficultés à trouver le sommeil, et un besoin continuel d’être en alerte, sur le qui-vive et prêt à réagir (par la fuite en règle générale, mais ce peut être aussi l’opposé : une tendance à se mettre en danger par sentiment de vacuité), ou juste être aux aguets que la situation se reproduise. Pour rappel, ou info, qu’une personne ayant traversé ce genre d’épreuve, en particulier dans l’enfance, aura statistiquement plus de chances que ça se reproduise. Et là j’insisterai un peu, mais juste un peu, alors, mais si vous avez l’opportunité de trouver un professionnel apte à vous aider à déposer vos bagages et vous survivre un peu mieux, essayez d’y aller. Si vous n’y arrivez pas, ne vous blâmez pas, ce n’est pas de votre faute non plus. Dans le SPT, c’est  bien souvent aussi la mémoire traumatique qui décide en dépit de votre raison, de vos intentions, de votre volonté d’aller mieux, sans que vous puissiez y faire grand chose, et il n’y a pas de culpabilité à avoir, on est souvent avili malgré soi par le traumatisme. Ça n’était peut être pas le bon moment, le bon endroit ou le bon contexte pour entamer des démarches, ça ne le sera peut-être jamais, ce n’est pas condamnable non plus, ne soyez pas sévère avec vous-même, la victime c’est vous. Parfois, aussi, le simple fait que le temps passe et de vivre des choses meilleures, joue à ce qu’on souhaite juste recaler cette expérience dans un petit tiroir à merdes dont on se serait bien passée tant qu’elle y reste enfermée à triple tour et si possible à tout jamais.

A priori, on a déjà une bonne idée de la fragilité d’une personne qui se trouve dans cet état, en particulier dans le cas de faits récents, et de la gravité de se moquer, de ne pas prendre au sérieux, de vouloir humilier de quelque manière que ce soit une personne en PTSD, mais également des graves conséquences que cela peut impliquer sur son évolution, sa reconstruction, son traitement, ou sa prise en charge médicale, le cas échéant.

Ces réminiscences impactent énormément le quotidien, s’accompagnent souvent de problèmes de dissociation, de difficultés avec la notion de temps et d’espace, de problèmes de concentration, de mémoire à court terme, de communication, de problèmes de santé physiques etc. (dans mon cas, 9 mois après les faits, le psychiatre m’a confirmé j’avais précisément ces problèmes mnésiques, que j’associais à mes migraines hémiplégiques et pas au SPT et c’est seulement à la lecture des quelques textes de Muriel Salmona en ligne, quelques neuf mois plus tard, et grâce à des exercices, difficiles mais efficaces que j’ai réussi à m’en défaire… il y a pas un mois, avec encore quelques bug, mais moins de peurs irrationnelles en lien direct avec le SPT),

À  titre d’exemple : je n’ai jamais eu d’agenda et n’ai jamais loupé un rendez-vous, ayant toujours tout en tête (ok… 1. et ce fut cuisant, en 39 ans). Après le trauma je n’ai plus eu de notion de temps précise, je ne peux toujours plus rien faire sans l’appli calendrier, j’ai pu ne plus savoir quand se produit quoi, oublier dans la seconde ce que je m’apprêtais à faire. (pratique…). Si cela peut aider, j’ai essayé l’application « NeuroNation » avec peu de résultats, mais je n’ai pas été régulière dessus. Aujourd’hui, et dans chacune de mes tâches à effectuer, j’ai besoin de listes (que j’avais en tête auparavant sans besoin de noter quoi que ce soit), et de vérifier régulièrement l’heure, pour exécuter chaque tâche, y compris l’heure à laquelle je dois manger, dormir, le temps à passer pour me préparer le matin, et malgré ça, je dois parfois vérifier mon calendrier plusieurs fois par jour et utiliser autant que possible les rappels, et malgré cela, je ne suis pas toujours opérationnelle, du coup je culpabilise, autant que je me sens diminuée ou frustrée de n’être plus comme avant, par rapport à mon ancienne vie réglée comme du papier à musique.

Je bois beaucoup de maté (pour la concentration), j’essaie de m’aider avec toutes sortes de compléments bons pour le système nerveux,  le sommeil, le moral, la réduction de fatigue et du stress et autres neuroprotecteurs, mais malgré ça, la dissociation me fait encore pas mal de bras d’honneur. Je masque beaucoup, mais malgré ça, je peux chercher un mot et passer un temps fou à le trouver, dater un évènement antérieur tandis que j’avais tout en tête sans faute auparavant… Et cerise sur le clafouti, depuis que je me suis un peu retrouvée : à n’importe quel moment de mes journées, ce sont des chansons populaires, des jingle pubs et des génériques de dessins animés antérieurs aux années 2000 (que j’avais oublié bien avant le traumatisme, pourtant) qui s’incrustent d’un coup dans ma tête au milieu de rien, parfois plusieurs fois pas jour…

Ce qui m’a sorti de là :

Le conseil de mon psy : d’écrire, écrire réécrire, aussi douloureux que cela puisse être, plusieurs fois d’affilée ce qui m’était arrivé, jusqu’à ce que les pièces du puzzle qui me manquaient reviennent à la surface et passent globalement dans la mémoire autobiographique. C’est un exercice très difficile, j’ai revécu en mille les faits au moment de l’écrire. Il m’a fallu une semaine pour raconter l’histoire dans tous ses détails, UNE SEULE fois, je n’ai pas réussi à le faire deux, je devrais réessayer, mais j’en ai peur, mon excuse est « j’ai pas le temps ». Commençant par le contexte et n’arrivant pas à en venir aux faits par écrit au bout d’une semaine à tenter d’y consacrer tout mon temps… Jusqu’à ce que tout remonte d’un coup. J’ai passé un moment ignoble, et écrit d’une seule traite pendant 5 heures « la partie manquante », sans m’arrêter ni me relire, ce que j’ai fait plus tard, avec les mêmes difficultés, et c’était là. J’ai eu la nausée et failli vomir sur l’ordi à plusieurs reprises, mais j’ai réussi à garder ma bile et mes gnocchis, et les symptômes physiques sont revenus comme si je venais de revivre la scène. Je sais qu’après cette grosse semaine, où je cherchais toute distraction pour éviter d’arriver à la partie « fatidique » des  violences et où finalement tout a bondi d’un coup, en particulier pour les parties manquantes (et pour cause… c’était le début, c’est à dire la sidération…), et comme de par hasard, le lendemain j’étais hyper active, hyper coordonnée dans mes actions, mes paroles, mes pensées, je n’oubliais plus les mots, je retrouvais la concentration et arrivait plus facilement à écrire tout simplement.

En parallèle, après la lecture de ceci : Sur la dissociation traumatique, j’ai fait la liste d’autres traumatismes, qui bien que passés depuis un bail à l’aide d’autres praticiens, et d’une violence disons… plus ordinaire… j’ai pu « expulser » les noires horreurs du crime dont j’ai été la victime. Il faudrait maintenant les passer en revue avec ma psy un à un, pour voir si le crime de l’an passé, pouvait être complété par d’autres détails, et dégager enfin de ma tête, en tout cas autant que faire se peut. Ma résilience vaut quand même quelques cachous. J’ai tout noté. J’utilise l’excuse « je n’ai plus assez d’encre dans mon imprimante » après avoir passé 5 semaines sur mon dossier pénal, pour ramener cette chronologie à mon psychiatre. Pourtant, entre temps, j’ai réussi à lui imprimer deux articles sur les violences sexuelles aux prises avec des personnes présentant des troubles psy et plus précisément les femmes autistes.

Je ne crois pas que j’aurais réussi à franchir ce pas, si mon avocate au pénal ne m’avait pas donné deux pages recto verso de ce que j’appelle « exercices et incidences » classés par items sur tous les aspects de ma vie post trauma. Je ne crois pas que j’aurais réussi à franchir ce pas, si je n’avais pas été porté plainte et que je ne tenais pas autant à ce que mes bourreaux finisse dans un trou où tout ce qu’ils m’ont fait leur arrivera tous les jours, parce que dans les prisons, les détenus rigolent pas trop avec ça. Je ne crois pas que j’aurais réussi à franchir ce pas si je n’avais pas eu cette liste d’items, demandant photos, chronologie, échanges sur le sujet sur le web ou avec des proches, description des incidences dans tous les aspects de ma vie ensuite (santé, travail, comportement, changements physiques etc). Et je comprends parfaitement ceux qui ne portent pas plainte, TOUT est compliqué dans le cas des violences subies par autrui (je parle de ce que je connais). Je note ça là, si ça peut aider qui que ce soit à désamorcer, même un tout petit peu, ces handicaps mnésiques sévères et la violence des faits subits par les personnes en SPT. Je pourrais retourner à la mdph, pour réévaluer mon handicap, mais je n’y tiens pas, je veux continuer ma vie, plus difficile soit elle au regard des aspects déjà énoncés, au plus proche de ce qu’elle était avant, et ça marche un peu mieux depuis, même si c’est loin d’être ça…

Hier, l’homme-funambule qui m’aide à m’équilibrer par rapport à tout ça, dormait à la maison, et j’ai eu de « légères reviviscences » (je dis légères à comparer de la phase aigüe où je me faisais violer dès que j’allais au lit, que je retardais systématiquement le moment d’y aller, que je pouvais pas y aller sans médocs, que j’ai dormi juste après les faits pendant quelques jours habillée et sans couette, aujourd’hui encore je peux dormir que d’un côté, celui où le crime n’a pas eu lieu, même si je me réveille parfois sur l’autre depuis à peine quelques jours… les parésies nocturnes sont passées aussi… mais ça fait pas si longtemps), tandis qu’on se dormait dessus dans toutes les positions imaginables (j’ai jamais dormi autant dans n’importe quel sens avec quelqu’un, je pensais même pas que c’était possible, et c’était un bon moment, c’est souvent là que le diable sonne à la porte, j’ai bien dit dormi, pour tous les vrais autistes asexuels qui on ne sait d’où voient du sesque partout). La reviviscence d’un truc très précis (du moment des faits) a pointé le bout de son nez (parce que justement j’étais dans la même position que lors des faits, dans les bras de l’homme funambule qui ronflait comme une micheline), et je n’ai eu qu’à penser « C’est l’homme funambule, l’homme funambule dort, l’homme funambule n’est pas un violeur, on dort très bien parmi l’homme funambule. FIN »… Et j’ai pu continuer à dormir dans ses bras, très paisiblement. (j’ai aussi découvert le sens littéral de l’expression « se faire couvrir de baisers », juste ce matin. … Parfois, il y a une vie après, et c’est à ça que je me suis accrochée dès le départ, je suis plus qu’heureuse et confiante, d’en avoir récupéré quelques fruits… Je « checke » ma chance dans mon malheur. Je ne me plains pas. C’est arrivé. C’est tout. Malgré tout, ces moments restent gênants et loin de l’anecdotique, et il faut bien se dire que le SPT peut agir ainsi longtemps.

Sans prise en charge adéquate, l’état d’une personne atteinte d’un trouble de stress post-traumatique peut empirer s’il n’est pas pris au sérieux, qu’il s’agisse des proches, des personnes en charges de la justice, ou de la médecine, l’anxiété de la personne pouvant basculer dans la dépression, les envies suicidaires, la dépendance et toute forme de comportements auto-destructeurs. Parmi les comportements destructeurs, se trouvent souvent les dépendances à des substances psychotropes, ou même sans franchir le pas, il peut devenir une lutte quotidienne de ne pas sombrer dans cette dépendance. Pourquoi? Parce que ces substances (sur le moment en tout cas) ont un réel effet anxiolytique. Je vous laisse deviser d’une personne en voie de « noyade » en ce sens, et qui devrait par la suite gérer la dépendance. Et je rappelle que c’est un cas plus que fréquent après un tel vécu.

J’ai un mantra pour ça aussi, je crois que c’est la seule raison aussi pour laquelle je me suis tenue à distance de passer le cap de l’apéro festif : « Tu veux noyer tes problèmes dans l’alcool? (vous pouvez remplacer alcool par tout ce que vous voulez) N’oublie pas qu’ils savent nager ». Je ne peux pas prétendre à aider qui que ce soit dans une telle position, mais pour avoir croisé des personnes sous emprise de telles substances, sans nécessairement de SPT, la démarche d’en sortir ne peut venir que de la personne en elle-même, alors en ayant touché le fond de l’addiction, voyez de nouveau, les conséquences catastrophiques que peut avoir un SPT sur une personne valide, puis transposez sur une personne déjà fragilisée, qui se trouverait de plus confrontée à un SPT., et comment ne pas culpabiliser ensuite d’en être arrivé là?

Dans le cas particulier du viol, identifié comme tel pour la première fois par la psychiatre Ann Wolbert Burgess et la sociologue Lynda Lytle Holmstrom, en 1974 (**), où l’on peut parler de Trouble du Stress Post Traumatique complexe, à des niveaux variés en fonction de la personne et du degré de violence des actes sur la victime ET les éventuels témoins, les conséquences sont des dysfonctionnements physiques, émotionnels, cognitifs, comportementaux (développer par exemple une dépendance ou un TCA, se replacer dans des situations à risque de quelque manière que ce soit) et de la personnalité. On distingue 2 phases : aigüe et d’ajustement.

Dans la phase aigüe, la personne touchée peut développer des problèmes de vigilance, avoir un sentiment de vacuité voire d’inexistence, des problèmes de mise en ordre de ses pensées, de ses routines, de ses actions y compris pour des gestes anodins du quotidien, des nausées pouvant aller jusqu’aux vomissements, des sensations de compression du cœur, de l’anxiété paralysante, de la panique, des états de fureurs, des crises de larmes intempestives et/ou inversement des moments d’insensibilité complète aux informations ou aux demandes extérieures, des montées de colère ou de nervosité aléatoires, des obsessions, une sensibilité accrue aux réactions des autres, et enfin l’idée de n’avoir plus rien à perdre quoiqu’elle fasse (qui peut-être directement reliée au sentiment de vacuité cité précédemment).

J’ai verrouillé la porte de chez moi (encore à ce jour, clefs et 2 cadenas) et celle de mon bureau quand je bossais, de l’intérieur chaque fois que j’étais seule. En vacances, avec mon meilleur ami, il FALLAIT que la porte d’entrée soit verrouillée à chaque entrée et sortie. Tout ça dans des endroits pas connus du tout pour voie du moindre cambriolage… Le viol est un vaste cambriolage de ce qu’on pensait avoir d’intrinsèque et d’immuable en tant que personne unique, à tous les niveaux. Voilà bien une raison pour laquelle, les personnes qui se plaisent à se moquer de victimes, feraient mieux de se mettre un bon coup de pied au cul, avant qu’il leur arrive quelque chose de similaire. C’est comme les autres tabous, le viol, on croit toujours que ça ne peut arriver qu’aux autres, jusqu’à ce que ça vous arrive. Pas de quoi faire les marioles après ça. L’autisme a forcément amplifié. Pendant des jours, outre les reviviscences et ce que j’ai énuméré précédemment, à mille reprises, je n’ai pu m’empêcher de penser et parfois plusieurs fois par jour « Ils m’ont volé ma vie, mon âme, ma tête, tout ».

Par la suite j’ai ajouté « Ils n’auront pas ma sexualité », comme un cri  intérieur sourd et indicible de résistance. (Ils ne l’ont pas eu. Je me suis répétée mille, non deux mille fois : « le viol, ce n’est pas la sexualité, le viol ce n’est pas la sexualité », en boucle, des semaines. j’ai eu du mal à l’intégrer moi-même, mais j’y suis arrivée, ça ne veut pas dire que cet exemple vaut pour tout.e.s, ça n’est pas un conseil de choses à se dire à soi même, je ne vis que dans mon vécu, c’est factuel, c’est ce qui s’est produit, c’est juste ma réaction à ce moment là, quand je me suis remise à y penser, pour la suite, si je serai apte à avoir des rapports, du désir ou juste de l’envie, quand j’ai commencé à me demander comment et si je retrouverai une vie avec moins d’empreintes indélébiles que celle qui m’enclavaient  à ce moment là de la phase aigüe). Ils ont eu le reste. Je n’ai récupéré ma vie que partiellement, ma tête que partiellement, je cherche mon âme (passez moi un coup de bigo, si vous la croisez au shopi, sur un malentendu).

Pour donner des exemples concrets: l’impression de n’être plus que spectateur de la vie sans y être inclus, l’impression de n’être rien et que ses actes ou paroles, n’aient pas de valeur, pas de raison d’être, pas d’importance, pas d’impact sur quoi que ce soit, soient inutiles. Ça peut être : penser à sortir une casserole dans l’intention de se préparer à manger, oublier entre temps pour attraper un objet en route qui n’est pas à sa place l’attraper et ne pas le replacer, se souvenir entre temps qu’on a oublié de fermer une fenêtre, et ne plus s’en souvenir dans la seconde qui suit, se rappeler à la fin de ces diverses tergiversations, qu’on ne savait plus ce qu’on voulait faire, ah si ! La casserole !? Mais pourquoi, au fait? Et ainsi de tout. Imaginez la complexité pour une personne n’ayant pas la possibilité de cesser toute activité le temps de se réparer, de se trouver une « retraite » alors qu’elle en aurait besoin et qui doit travailler pour sa survie, ou qui doit se rendre régulièrement à de multiples rendez-vous (… je vous laisse deviner de l’impact de ce dérèglement des routines sur une personne TSA), ou doit rendre un rapport ou répondre à des questions précises dans un cadre défini alors qu’elle a déjà du mal à mettre de l’ordre dans ses idées et dans son quotidien.

C’est aussi une des difficultés particulières dans le  cas du viol : le stress post traumatique rend les propos confus, parfois décousus, difficiles à décrire simplement… Et pour ces mêmes raisons, beaucoup de plaintes ne sont pas prises au sérieux, ou de plaignant.e.s sont mal accueillis, quoi que ça évolue. Alors imagine quand de base, tu as des problèmes de communication à l’oral, parce qu’on est pas tous aussi avancés sur nos propres difficulté à communiquer que Josef Schovanec ou Louis T.

C’est, avoir une activité tenue d’être divertissante, relaxante, ou être absorbé ou juste occupé par une tâche banale et avoir un accès soudain et vif de colère ou de larmes sans raison particulière, surréagir à de simples réflexions ou des comportements ou  actes anodins d’une tierce personne : par exemple un voisin qui ferme mal une porte, une personne qui s’arrête au milieu du trottoir quand vous êtes derrière,  une parole, un bruit, certains mots, certaines images et divers agacements amplifiés de ce qui n’est pas dans l’ordre habituel ou attendu des choses, qui peuvent survenir à tout moment. Des états de colère ou de larmes prolongés, associés parfois à des peurs qui peuvent rapidement devenir des phobies (peur de sortir de chez soi, peur de prendre une rue, peur de croiser une personne ou un type de personne en particulier, peur d’éteindre les lumières ou d’être dans un ascenseur alors qu’on est pas claustrophobe, peur d’un objet, peur d’une situation réelle ou imaginaire), ces diverses peurs pouvant donner lieu à des angoisses, de la panique, des cauchemars etc. Être sans cesse aux aguets, par exemple après avoir été renversé par une voiture, ou un vélo, ou avoir assisté à un accident : la peur de monter en voiture, la peur des vélos, la peur de certains transports, toujours en lien avec le traumatisme vécu, regarder sans cesse toutes les rues, tous les angles de rues, revivre l’accident en traversant un passage piéton, être pris d’une peur indicible à tout moment du quotidien…

C’est vivre avec tous les jours, y penser d’innombrables fois par jour. Des mois durant.

Pour la colère, autre tips de psy : j’ai ouvert une nouvelle « note » dans mon gsm, et à chaque besoin de déverser : je les insultais sur ma note. (je ne vous dis pas ce qu’ils se sont pris dans les rouleaux) « MAIS ! » ajoute, mon psy, en garder un petit peu… (je ne me rappelle plus pourquoi, sûrement pour en garder dans des moments plus adéquats et ne pas en arriver à « minimiser »). Je ne sais pas si ça peut aider, juste dire que ça m’a aidé en son temps. Je n’ai plus eu besoin de recourir à ces notes à partir de décembre.

À l’inverse et l’exemple précédent n’empêche pas celui qui suit : traverser la rue sans regarder de chaque côté, aller au devant d’un véhicule alors que le feu est rouge et qu’il y de la circulation… Appliqué au viol, c’est avoir peur d’être violé dès qu’on se trouve seul avec une personne du même sexe que le violeur ou ne pas reconnaître une nouvelle tentative de prédation, ou se dire, même inconsciemment : « Bon, mais après ce que j’ai vécu, rien ne peut être pire » et capituler sur la violence, la banaliser. Avoir peur qu’une personne à qui on trouverait le moindre détail de ressemblance avec le criminel vous adresse simplement la parole aussi insensé que cela puisse paraître, ou qu’un être cher se transforme d’un seul coup en monstre. etc.

Revivre les faits de jour, revivre les faits dans son sommeil, revivre les faits au moindre rapprochement que le cerveau peut faire avec le traumatisme initial, sans pouvoir raisonner, sans pouvoir arrêter le film. Des jours. Des semaines. Parfois des mois durant. Et ne pas exclure que malgré que le temps passe, malgré des thérapies, ces comportements et ces flashbacks puissent resurgir à tout moment, même des années plus tard.

Imaginez vous être un tout petit personnage qui vit naturellement dans une grande machine qui lui permet de tout faire, comme un couteau suisse sans limite d’utilités et sans lequel il ne peut tout simplement pas survivre. Imaginez maintenant être la même personne, dans une machine dysfonctionnelle, cassée de part en part avec la possibilité à tout moment que son état empire, ou que la machine ne reparte plus et que vous en restiez prisonnier, à tel point de ne pas être capable de nommer ou dénombrer chaque réparation à faire. Cette dernière image m’est toute personnelle, mais elle résume assez bien l’état dans lequel j’ai erré, et erre encore par brefs moments, me débattant avec grandes difficultés pour surmonter cette étape, depuis ma carcasse (et mon mirador) tous ces derniers mois. Je ne dis pas que je suis « guérie ». Juste que la vie redevient plus gérable et  que je ne pense pas tous les jours à mes violeurs ou de façon plus ténue, et que ça me touche moins, mais que l’hyper vigilance reste, et que j’ai désormais PEUR, de baisser ma garde, parce que par expérience, c’est toujours quand on baisse sa garde, qu’on donne une entrée à l’ennemi pour vous piquer au vif (belle métaphore, n’est-ce pas?). C’est plutôt passé sur un plan procédurier, et l’inquiétude que mes bourreaux soient toujours en liberté au moment où je vous écris.

Prenez tous ces éléments en main, mixez les, et pour ceux qui ne l’ont pas vécu, obtenez une petite idée de ce à quoi ressemble la vie d’une personne en phase aigüe de TSPT. Sous l’aspect du viol, voyez que ce sont les criminels qui ont attenté à votre vie qui dans tout ce mélange, déjà déroutant, vous menacent sans cesse en toile de fond, même des mois post acte(s), et à tout moment du jour, de la nuit ou de vos activités. Si je déteste l’utilisation de mots dans un contexte qui ne leur est pas approprié (« Prise d’otage » des usagers durant une grève, « lynchage » par commentaires sur les réseaux sociaux), je trouve le terme d’ « attentat » à la personne, parlant, en terme de viol. Il y a effraction. Intrusion. Cambriolage. De force. Du corps, de toute l’intimité, de la tête, de la raison, de la VIE, de la victime. On est pas dans l’accident. Le criminel était conscient de son acte (***). Cela ajoute à la confusion et l’affectation de la compréhension de la victime, de la recherche d’explication, de sens : parce qu’il n’y en a pas. Parce que le seul coupable, c’est le prédateur.

Longtemps je me suis dit : « et si je n’avais pas autant travaillé au point de l’épuisement, alors je ne serais pas tombée malade, alors j’aurais pu rentrer chez moi normalement ce jour là ». Mais ça n’a pas de sens. Même si j’avais porté une jupe, même si j’avais insulté spontanément des gens dans la rue, même si j’avais avalé trois tonneaux d’alcool fort … et si ma grand mère avait 4 roues, on l’appellerait un omnibus. Sauf l’éducation (et encore, parce que le prédateur, c’est Monsieur Tout-le-Monde, et c’est là que réside sa force et de ne pas voir venir son intention de domination, le viol c’est a aussi : un besoin de domination), et le mauvais endroit au mauvais moment, il n’y a aucune rationalité à prêter à un/des viol.s. C’est toujours la faute du violeur. N’en doutez jamais.

Et pourtant, tout au long d’une procédure où il serait supposé que la personne en parle simplement ou aille plus largement porter plainte, c’est :

  • à elle de prouver son non consentement
  • à elle d’engager tous les frais liés à sa reconstruction, médicaux, psy, tout ce qui aide à reprendre le « contrôle » de soi, l’appréciation de soi, de son image, de son état mental. (par exemple depuis quelques temps, j’ai un besoin de présenter vestimentairement accru alors qu’avant j’étais plutôt tendance à privilégier mes vieilles fringues trouées, et faire l’effort de se saper pour le boulot était un sacerdoce Je ne m’intéressais pas DU TOUT aux cosmétiques sauf les 4 mêmes que j(utilise depuis mes 19 ans et à part pour m’occuper de mes problèmes dermatologiques et planquer ses défauts (merci la génétique), toujours ce truc de présentation pour le taf, pour l’extérieur, les entretiens d’embauche, la soirée de Noël, les mariages et les baptèmes, et c’est tout. Aujourd’hui c’est pour la survie, compenser ce sur quoi je pèche en détournant l’attention avec des détails de make up, qui me prenaient naguère 5 mn tandis que je passe désormais 30 mn au bas mot, matin et soir à me préoccuper de mon apparence pour me sentir « bien », me trouver « belle » et au départ juste « me supporter ». Faire « peau neuve », par métaphore. Aujourd’hui, une vraie Barbie de luxe… Pour un budget de rien. (l’auteurice tient à remercier Vinted, son temps passé à faire ses propres ventes et vider son appartement pour qu’il ne paraisse plus être une scène de crime : soit re-emménager chez soi, être maquillée comme si j’allais présenter le 20 heures. Porter enfin tous ces collants qui n’ont servis qu’une fois depuis 20 ans pour une soirée boulot ou un truc de représentation et les user jusqu’à la corde (avec un taser dans le sac à main, c’est interdit dans la rue, mais alors ça vous dégage un boulevard en 3 secondes chrono de juste le faire grésiller : je recommande).
  • à elle… de « payer » toute la procédure judiciaire, aussi bien psychologiquement que pécuniairement puisque bien que ce crime suppose une aide juridictionnelle totale et sans condition de revenus du à sa gravité, la plupart des avocats ne l’acceptent pas en raison du travail supposé sur la procédure et du peu de rendement de celle ci. et chaque étape réveille le trauma. (il n’est pas question de blâmer ici les avocats, bien que certains n’hésitent pas à charger les honoraires pour toujours profiter de la misère des gens, de leur désespoir… ) et par là même comprendre pour quelles raisons nombre de victimes qui n’entendent pas d’écho à leur besoin de défense, et de justice, lâchent l’affaire en route, face au laxisme procédurier de la défense des « droits » de la victime.
  • Bref, le coût, physique, psychologique, financier est au prix fort à tous les étages. (et je vous passe les jugements des uns et des autres, et les omertas…. la gêne, la stigmatisation et ce sentiment si agréable (ironie) d’avoir l’impression d’être la pestiférée de service auprès de certains (ex) « amis »et autres proches, référents , ou trois trous d’uc’ des réseaux qui ont trouvé une bonne occase de troller ou de montrer leur sale cul pour que les autres voient la mousse qui en sort et la projettent sur vous, la victime. etc.

Pourtant le job pour dépasser ça, c’est toi qui le porte sur les épaules, la douleur est la tienne, et rien n’est fait pour simplifier les choses ensuite, bien au contraire…

(je vous préviens, je fais un article des enfers long comme jamais et documenté, prenez votre temps, et lisez en plusieurs fois au besoin… vous connaissez la chanson…)

La phase d’ajustement (vers l’extérieur). J’invente rien, à ce stade vous checkez bien que je reprends wiki en espérant être moins rébarb’ et + open bar/grenadine. La phase intermédiaire. (c’est à dire quand le réalisateur de Freddy a cessé de tourner des films d’horreurs dans tes encéphales). C’est la phase où on pourrait se dire « oh bah ça va sûrement un peu mieux, j’arrive à faire des « trucs » »… sauf que non, c’est juste la case suivante d’un jeu de l’oie.

Planning : de quelques mois à jusqu’à la fin de tes jours. (il est sympa comme ça le SPT, il peut t’accompagner et s’inviter partout où t’en veux pas, quand il veut et t’as rien à dire, ou presque).

Les problèmes d’adaptation… c’est pas peu dire si tu es déjà socialement handicapé par le TSA et que la vie te rajoute une enclume à gérer… rappelant que l’espérance de vie des personnes autistes est pas tellement éloignée de celle du décès de (TW : gros mot)  de J-C (mais un peu plus quand même, oh!?)… que si, par défaut, (« survie » marche aussi), certains autistes, en particulier les plus isolé.e.s, les plus enclins contextuellement à devoir se « démerder sans cesse pour s’autoriser le droit d’être dans une société qui en veut pas trop » peuvent être incroyablement résilients, cette condition et tous les risques, heurts, fracas récurrents qu’elle suppose au quotidien, qu’un SPT en prime (qui de base n’est fréquentable pour aucune personne valide), soit un signal de mort dans sa version Alerte Rouge foncée (rouge foncée qui tire sur le noir).

Alors (fallait que je fasse une digression à un moment….) : les ôtiss on est très supposément chiant quand on dit « oui, mais nous PLUS que vous, les valides » (ça marche aussi pour plein tous les handicaps en fait, mais dans ce cas spécifique (trauma), traverser tout ça avec ce qui est déjà une carence de GPS social (je peux pas parler de handicaps que je vis pas, en revanche tous les témoignages sont bienvenus partout où je traîne mes grolles sur le ouéb ou en privé, et je viendrai à la partie neurologique stricte ensuite *teaser de ouf*), renvoie à des lisières de vie ou de non vie impossibles à gérer, et surtout : impossibles à simplement envisager pour une personne valide.

Si, vulgairement, le traumatisme peut s’assimiler à un bug, pas besoin d’être informaticien pour comprendre ça (tout le monde a utilisé un PC, un jour). Si le cerveau est l’ordinateur.

Bref, t’es autiss, et tu survis à un ou plusieurs traumas crasses, t’as double malus (imagine t’es en prime une femme, une personne non binaire, une personne racisée ou tout ça à la fois et même d’autres trucs).

En revanche et j’insiste sur ce point, je partage totalement l’avis de Josef Schovanec qui dit que :

« l’autisme n’est pas lié aux énergies du corps astral (là j’avoue j’ai cru m’étouffer de rire dans mon bol de quinoa), ni à l’oppression des femmes sous le patriarcat (encore heureux, bien que je trouve fort dommageable d’oublier de préciser que beaucoup de femmes autistes deviennent des femmes engagées dans des causes féministes ou autre, il manquait un truc, je suis sympa, je corrige) … De même, ce n’est pas parce qu’on arrive à la quarantaine et qu’on n’a pas eu la vie affective ou professionnelle dont on rêvait que l’on est autiste (ouais là je suis totalement d’accord, autiste ou pas, tout le monde a droit à sa vie de merde, c’est pas dans le DSM et ça concerne TOUT LE MONDE pour une fois y a pas à catégoriser, je suis quand même bien embêtée pour mes pair.e.s diag après la quarantaine, et qui ont une vie épanouie… J’imagine y a un critère pour dire ils sont pas autistes non plus, je reviens… Adieu). Le fait d’avoir été victime de crimes, de viols et d’autres horreurs ne rend pas autiste non plus. (on est d’accord, en revanche ça amplifie) La liste serait longue… : oui, très longue. On est pas autiste si on rentre pas dans la définition bien cadrée du DSM (perso j’ai été diag sous le règne du DSM-IVème du nom : Bats la schneck), et rien ne rend autiste sauf la génétique, sauf pour ceux qui ont été autoprocréés ou revendiquent leur autisme sur la base de la psychanalyse, dument non habilitée à valider ces diagnostics et les rendre officiels, et qui constituent le peuple des élus passqu’ils étaient là avant, du coup ils ont la haine d’avoir ouvert la porte, a posteriori. source.

Néanmoins l’entièreté de l’interview me dérange, notamment parce qu’il reprend textuellement certains propos plus que malsains dans le cadre de la volonté d’inclusion en provenance directe des réseaux sociaux, et d’autre part parce que toutes les informations trop empiriques qu’il contient ne sont ni sourcées ni étayées, comme une suite de dogmes, plus ou moins ironiques et visant des personnes en position de fragilité qu’elles soient autistes ou non, ce qui d’emblée aurait pu être évité. Discriminantes et stigmatisantes.

Autre chose, sur la position d’éventuels surdiags, sans rappel que c’est seulement depuis la médiatisation de l’interviewé et quelques autres qui ne vont pas bien au delà du chiffre 5, que la population générale s’intéresse enfin à l’autisme après des années de silence, qu’il coule de source, que par défaut de moyens et de praticiens habilités à le diagnostiquer, ou simplement formés correctement à le faire sans se baser uniquement sur l’autisme Kanner d’un côté, et Asperger de l’autre, d’après des critères, et j’exagère à peine, proches de ce qui tiendrait par métaphore d’un autisme de Rain Man ou de Sheldon Cooper sans possibilité de lier les deux par des critères diagnostics de bases identiques, faut se lever de bonne heure pour avancer des sur-diags sans être habiliter à faire des diags off.

Évidemment, sur le sous entendu quasi perpétuel du début à la fin de l’interview, que les femmes prendraient depuis 5 ans beaucoup trop de place dans un milieu qui se voulait initialement comme beaucoup d’autres, n’être que l’apanage des hommes, je suis tout autant gênée, de l’orientation des propos qui transpirent la misogynie à peine dissimulée, même si l’intention n’était pas voulue quoique je sois en droit d’en douter, sans se rappeler qu’historiquement, d’un point de vue médical, les critères diagnostics de toute pathologie des hommes ont encore bien longtemps et encore aujourd’hui, été appliqués sans trop de recherches poussées, aux femmes, sans tenir compte de la position inférieure systémique de celles ci, ni même de leurs différences physiologiques pour le cas des maladies physiques. Que de fait et d’un point de vue simplement distancié, on ne saurait trop s’étonner qu’en tant que grandes oubliées de la recherche médicale de tout temps, sauf les cas de maladies typiquement féminines (attention je ne dis pas que l’autisme est une maladie, c’est un simple parallèle, qui vaut également en psychiatrie, pour un simple exemple le cancer du sein ou de l’utérus), les femmes demandent, et à juste titre, non pas l’égalité de ratio homme/femme, mais simplement la possibilité de s’exprimer en tant que telles et en tant que concernées, et une nouvelle fois, de rattraper le retard diagnostic, ne pouvant plus simplement attribuer les critères de l’autisme tel qu’auparavant où il ne pouvait concerner qu’une écrasante majorité d’hommes (selon le déroulé historique et contextuel évoqué précédemment), tandis que les progrès, en particulier Outre-Alantique ont réussi à affiner les critères diag de l’autisme avec ses différences hommes/femmes pour le même handicap, autrement dit : si les signes d’une crise cardiaque ne sont pas forcément les mêmes chez un homme que chez une femme (qui en meurent donc plus fréquemment, car on leur prête plus facilement une crise d’angoisse ou de panique qu’à prendre leur condition au sérieux), il en va de même pour l’autisme. Et c’est à prendre en considération. On pourrait reprendre l’image d’un tabou qui est finalement brisé, et mène à ce que dans n’importe quel domaine, les concerné.e.s deviennent subitement et massivement visibles, occupent par la libération de leur parole, le temps que l’idée fasse son chemin vis à vis de la population générale, et qu’il ne soit plus tabou. Dans la lecture de l’intrview, on nous ferait presque gober que le féminisme et le diagnostic de l’autisme seraient imbriqués l’un dans l’autre, sauf qu’on devient féministe et on nait autiste, et il serait bien étonnant que les praticiens habilités fassent cet amalgame farfelu, comme semble le prétendre l’interviewé.

Bien sûr, et ça n’est pas nouveau, de l’autisme ou de n’importe quel autre sujet, le fait que chaque personne préoccupée par le dit sujet, s’autoproclame  « experte » juste parce qu’elle passe beaucoup de temps sur les réseaux sociaux, ne lui en donne  aucun statut (un peu comme tous les gens qui se mettent « CEO » sur Linkedin et qui ne dirigent aucune organisation ou entreprise de plus de 100 personnes. Il en va de même pour le statut de journaliste, par exemple, dont beaucoup abusent, ne serai-ce qu’à la télévision, de l’acteur de théâtre, de cinéma, au commentateur, présentateur, conférencier médiatisé etc. Concrètement ça n’ajoute qu’une carte pour cumuler en droits stratosphériques auprès du pôle emploi (de préférence en étant connu et donc moins attaquable qu’une personne en précarité, de mémoire, ce tabou ou dessous de tables inconnus de la population générale en son temps, avait été mis à jour vers le début des années deux mille, peut être suite aux grèves des intermittents de 2003, et voilà pourquoi il est aussi important de bien définir avec le bon vocabulaire, sa pensée ou toute affirmation en lien avec la moindre politique, pour ne pas déstabiliser son lecteur ou l’induire dans l’erreur d’une pensée qui se voudrait commune, en particulier quand on possède le statut de représentant d’un sujet médiatique faisant grand vent et bien au delà des réseaux sociaux, impliquant de fait une plus grande valorisation de la parole, même erronée ou approximative, imposée comme fiable mais n’impliquant  qu’une pensée parmi d’autres, sans contradicteur à proximité pour élargir le libre arbitre de chacun. (c’était le rebond schovanesque du jour, je n’aurais pas fait un article complet dessus dans tous les cas, ça me passe un peu au dessus, à peine un thread mais c’était sans lire entre les lignes, à ma première lecture, que je corrige donc ici sans décortiquer chaque phrase, et ça a déjà été fait de toute façon

Je reviens toutefois sur cette phrase magique, autrefois employée par une bonne vieille amie à moi, qui disait à peu près la même chose à mon sujet, non experte sauf sur les réseaux sociaux, me dédiagnostiquant de rechef, et se frotter les serres de rapace en ricanant comme une hyène que je sois en galère après ce qui m’est arrivé… Forcément sous le coup de la phase aiguë, je ne pouvais pas répondre et j’avais des béquilles au cerveau… mais dès que c’est allé mieux, quel soulagement de la debunk. (VOUS SAVEZ DE QUI JE PARLE). Toujours est-il que Josef reprend quasiment mot à mot la même formule :

Formule initiale anonymisée : « Encore une devenue autiste après un viol » (je vous laisse décortiquer le « encore une » et l’association directe à mon diag……. par vous même) (sic)

Formule Schovanec : « Le fait d’avoir été victime de crimes, de viols et d’autres horreurs ne rend pas autiste non plus.« 

MAIS, si vous regardez bien (j’ai des moments je suis tellement rapide, que je prends pas le temps de m’arrêter, par, ex, là j’ai failli pas voir la nuance), les deux phrases… quand je dis bien, c’est bien bien bien bien bien… (dans les tréfonds de la syntaxe, de la grammaire, de l’ordre des mots, de la sémantique, de l’étymologie… j’ai exagéré, pour une fois, Ganesh me pardonne)… les deux phrases disent quasiment le contraire l’une de l’autre (je vous fais un live, ça vient de bondir à mes yeux…)

Pourtant les deux sont vraies.

Tout autant, l’une comme l’autre manquent de nuances.

Thèse, antithèse, synthèse… prothèse, pour citer mon bien aimé (en toute courtoisie… non parce que la police du cul veille, en ce moment, apparemment, faut préciser tout… on a pas fini les thèses sur la ponctuation) prof de philo :

pour autant les victimes de viols sont dramatiquement plus élevées chez les femmes autistes que tout le reste de  la population des personnes handicapées, physiques ou mentales, en grosse partie du au problème de GPS social sur les intentions d’une personne, je reviens donc sur cette triste réalité, que le constat et les études ont menées pour arriver au fait que 9 femmes autistes sur 10 ont été violées****, une à plusieurs fois… ce qui ne peut définitivement pas être mis de côté dans le contexte d’un diagnostic d’autisme sous condition de respecter les procédures de tests reconnus pour en arriver à sa confirmation ou son infirmation, bien qu’en effet, le seul fait d’avoir été violée ne suffise évidemment pas à justifier par lui même du diag. De la même manière et je me doute mais serait intéressée que des études le confirment (si vous avez des liens sourcés à me donner sur le sujet via les commentaires), que les hommes autistes relèvent d’un plus grand nombre de violences sexuelles, que des hommes valides abusés depuis leur tendre enfance, ponctuellement ou de manière récurrente.

Je comprends que la digression précédente soit longue et ne semble pas liée au sujet de cet article, mais il me semblait important d’en passer par là, pour bien rappeler qu’on ne peut s’exprimer de manière juste et éclairée sur les faits de certaines violences et autres crimes commis sur la personne physique avec les implications psychologiques qu’ils supposent, sans les avoir vécu soi même, que de fait, de tels propos peuvent être trop facilement biaisés par méconnaissance de leur réalité et manque d’implication ou de connaissances sur le sujet traité ou simplement évoqué.

Là on peut revenir sur la phase d’ajustement du SPT.

Donc dans la phase d’ajustement, on est pas vraiment sortis de l’auberge. Voire est dans le sursaut qui suit un horrible cauchemar, et pas du tout dans son acceptation, ou dans la phase de réveil, mais bien dans le premier sursaut, quand on a pas encore pu procéder à la chose. (c’est une image pourrie, loin de la violence réelle, parce que les cauchemars c’est quand même moins traumatisant que les expériences liées à la mort, mais j’avais pas mieux) :

On est toujours dans la dissociation, on veut minimiser ou au contraire on ne peut plus parler que de ça (voilà encore quelque chose que je reliais à mon TSA, comme je parle d’un IS, ou de quelque chose de préoccupant, et autre répétitions de type « je déteste les déménagements », plus de vingt fois par jour pendant plusieurs semaines à chaque déménagement sans pouvoir l’expliquer, en particulier le jour du dit déménagement : j’en ai fait 3 à Paris, en revanche, je ne saurais changer de quartier et ce en dépit des tristes évènements qui me sont arrivés, quoi que j’envisage si ça m’était possible de changer de ville, mais je ne sais pas où, alors je reste là pour le moment, et quelqu’un me retient de le faire, du coup c’est encore gérable malgré d’autres difficulté à simplement y vivre décemment). L’envie de vivre ailleurs, justement, ou le déni complet « ça n’est pas arrivé, n’y pensons plus » mais aussi le « Ok, c’est arrivé, je veux pas y penser » la recherche de sens ou de raisons qui auraient supposément poussée la victime à subir de tels actes, en parallèle et sans grande surprise, les problèmes de santé, d’anxiété paroxysmiques, sautes d’humeurs, crises de colère, de panique, d’angoisse, de peur, l’hostilité, l’agressivité, les insomnies, les cauchemars, les terreurs nocturnes agrémentées ou non de flashbacks ou simplement de « métaphores » de ce qui a été vécu, la négligence de son apparence, ou au contraire une hyper attention à son apparence (je suis passée par les deux), et la recherche pas toujours judicieuse et parfois autodestructrice de vouloir atténuer la souffrance de la victime. Qui peut aller de s’inventer un partenaire imaginaire à s’automutiler ou tomber dans l’excès de substances toxiques… voire  à s’attacher à des personnes qui pourraient leur faire autant de mal, comme si, rien ne pouvait être pire et que de fait, tout pouvait devenir acceptable.

Dans les conséquences directes, on va donc trouver, outre une perte totale de confiance en soi, ce qui est déjà bien difficile à avoir en tant qu’autiste, des problèmes de sexualité, exacerbée ou peur de toute nouvelle relation, peur des hommes, remise en cause de leur sexualité, en particulier chez les hommes violés par des hommes, (ce qui n’empêche pas des femmes de devenir lesbiennes également), et pour cause, puisque dans les rapports suivants, il est plus courant de vivre des flashbacks durant acte. (voilà bien longtemps que je n’avais pu dormir avec quelqu’un que j’affectionne particulièrement, et pourtant, c’est bien durant le sommeil que j’ai eu ces flashbacks, et auparavant dans les rares et suivants rapports que j’ai eus).

Dois je ajouter qu’en fonction de chacun, et quel que soit le degré des violences subies, mais ça joue autant que le reste, ces deux phases, peuvent durer plusieurs mois, voire plusieurs années, quant aux flashbacks, on est jamais sûr de ne pas les voir surgir des années plus tard. S’y ajoute la mémoire traumatique, à savoir que le cerveau se « protège », mais que les fonctions neurologiques et par résonance, physiques, n’en sont pas moins affectées :

https://dailymotion.com/video/x6xi2pf

Voilà pourquoi il est bien malvenu et déplacé de parler de ce domaine, ou d’en plaisanter ou simplement de le traiter à la légère ou de l’utiliser à des fins de prouver un argument qui n’a rien à voir avec la choucroute.

Sur la mémoire traumatique, il n’est pas exclu non plus qu’une personne ayant subit des actes de violences dans l’enfance, « oublie », c’est à dire que le cerveau range l’évènement dans une case des « incompréhensions » et que ce souvenir resurgisse d’un coup, parfois des années plus tard, 10, 20… suite à des actes similaires endurés par la suite… ou non. Autrement dit, le SPT  suppose bien un interrupteur prêt à se mettre en marche à n’importe quel moment de la vie, y compris dans un contexte où rien ne fait directement appel aux horreurs vécues, seulement à leur simple pensée, et qu’il sera très compliqué voire impossible, de le dézinguer, que ce soit à court, moyen ou long terme.

Et pourtant…Il existe une troisième phase dite de normalisation… Et je le redis, temporellement elle peut autant se réaliser dans les mois qui viennent que plusieurs années plus tard… Encore qu’on ne s’en remet pas tous de la même manière.

En miroir de la phase d’ajustement, la phase de normalisation, est celle qui reconnait ses propres mécanismes d’ajustements pour bouter hors de son quotidien, TOUTES les difficultés et autres interruptions de programmes des 1ère et 2ème phases précédentes suivant les violences, et « re » venir, quoi que différemment, à un quotidien si ce n’est habituel, à tout le moins gérable.

Soit comme énoncé dans la vidéo de Muriel Salmona : faire passer, non sans mal, et j’insiste pour celleux qui le peuvent ou qui prennent le temps d’y penser : de ne jamais hésiter à consulter, même des années plus tard, des associations aux numéros de téléphones gratuits, des spécialistes, des praticiens… ce qui fonctionne pour vous, ce qui vous fait du BIEN.

Sur l’abandon, des personnes ayant subit des violences quand elles le formalisent (ce fut mon cas, je ne saurais dire des personnes en déni), je l’ai vécu aussi soit des personnes qui m’ont vite exclues socialement, après trois sms « ça va mieux? » pour la bonne conscience, et à qui il est difficile d’en vouloir tant il est quoique différemment et bien moindrement, difficile pour un proche d’intégrer que vous avez vécu cela, ou d’en entendre les détails. Et outre les autres conséquences d’avoir subit des violences, cette situation d’abandon, impacte encore nombre d’aspects de la vie, y compris dans sa reconstruction, mais également d’autres difficultés sociales. Si une personne autrefois très bien entourée, peut perdre énormément de proches, qui vont fuir, qui ne vont pas supporter de l’entendre en parler, qui ne vont pas tolérer ses peurs, ses contraintes liées au SPT (ne pas pouvoir prendre le métro, ne pas pouvoir s’éloigne de chez soi, ne pas pouvoir sortir de nuit, même à 17H30), imaginez les conséquences que cela peut avoir sur une personne déjà isolée, et niveau autisme à la fois en tant que minorité mais également, en tant que personnes rarement « sociables » d’une manière générale, ou alors avec autant de masking que de fatigue associée et de soucis de santé mentale ajoutés… Je le dis une nouvelle fois : on utilise pas les violences sexuelles, violences physiques, et autres pour argumenter de n’importe quoi ensuite, en les associant à autre chose que leur objet pour le plaisir ou pour la verve.

Où j’en suis aujourd’hui.

J’attends avec grande impatience le changement d’heure, mais suis déjà soulagée que la nuit tombe plus tard depuis le solstice d’hiver, car même s’il n’est pas logique d’avoir peur de la nuit quand elle tombe à 17, 18 ou 19h d’avoir des peurs extrêmes d’être agressée physiquement, il l’est dans la logique du SPT.

Je ne peux plus rentrer seule ou aller  seule de nuit où que ce soit, mon max se limite à 3 stations de métro, et en cas de trouille intense et de besoin de sortir de mon univers actuel pour ne pas oublier de ne pas rester isolée en permanence, tendance plus simple que de socialiser, mais qui n’aide pas à mener une vie normale en cas de toute difficulté extérieure, j’ai une lacrymo dans une poche, et un taser dans l’autre. Vous en reviendrez comme vous voulez et je m’en contreficherai tout autant… sur les conseils de mon psy. J’ai mis longtemps à m’y habituer. Mais même sans m’y habituer, c’est rassurant de juste savoir qu’on l’a. Parfois j’ai quand même besoin de la bombe de jour, pour faire quelques mètres pour une course mais je l’accepte et je l’assume pour ne pas réveiller les déclencheurs de flashbacks ou de trouille subite.

J’ai, c’était il y a plusieurs mois, utilisé une fois le taser de nuit, suite à une reviviscence, dans la rue, sur un boulevard… à vide… simplement pour « dégager la voie », de peur de croiser mes agresseurs. (ça a en effet dégagé la voie, je ne m’attendais pas à un tel effet, je rappelle que c’est interdit).

Je m’en suis servie une autre fois, de jour, à vide aussi. J’étais en train de petit déjeuner sur une terrasse avec 2 amis, quand un vieux tromblon ayant passé sa nuit à s’alcooliser, a cru bon de venir s’incruster à notre table pour boire un demi, qui lui a été  refusé par le personnel car pas d’alcool avant 11h, qu’il est resté quand même, que malgré deux heures d’efforts verbaux de mes amis pour qu’il quitte notre table et aille emmerder d’autres personnes, parce que ce n’était plus gérable. vous imaginez sa réaction : « tu es folle, s***p »... qui ne m’ont fait aucun effet. Un grésillement et ça repart. Et si je ne peux me contraindre à rester enfermée et n’ai pas d’autre choix que de rejoindre un lieu où j’ai envie d’être, je n’hésite pas à le garder à la main, et n’hésiterai pas à m’en servir en cas d’agression physique pointant le bout de son nez, maintenant que je sais comment ça commence.

Je n’ai pas réussi à regarder les vidéos du seul cours de self défense que j’ai réussi à prendre. La violence de l’apprentissage, me rappelant encore trop la violence de ce que j’ai vécu.

Je n’aurais jamais eu l’idée d’appeler un praticien si une ancienne amie valide ayant vécu des faits similaires 15 ans plus tôt, ne m’en avait pas parlé 5 ans avant mes violences., et qui elle, a consulté 10 ans plus tard après les violences qu’elle a subit.

Je n’ai jamais croisé ou échangé avec des femmes autistes qui n’aient pas subi un ou plusieurs viols. J’ai également échangé avec quelques amis hommes autistes, ayant subi plusieurs viols. S’il n’y a pas de lien de cause à effet sur le viol renvoyant à un diag d’autisme, il y a en revanche une récurrence non négligeable dans ces actes sur les personnes autistes. (et ça me parait d’autant plus évident, quand on sait que ce qui revient le plus fréquemment dans le parcours d’une personne autiste, c’est le harcèlement dès l’enfance par les autres enfants et ce jusqu’à la fin des études et parfois plus loin, pour ceux qui arrivent à travailler…)

Je n’aurais jamais eu la foi de faire appel à un psychiatre si son adresse ne m’avait pas été confiée par mon diagnosticien de l’autisme, trois ans auparavant, initialement pour régler mes problèmes d’interactions sociales et de communication, que je n’avais de cesse de reporter pour cause de trop de choses à faire, pas le temps, et donc je suis au point zéro là dessus, mais j’ai eu et ai encore besoin de ce soutien, et je continue, pour que tout ça finisse aux archives. (et j’apprends quand même quelques tips pour mieux communiquer ou du moins moins me faire arnaquer sur les situations sociales ou les implicites que je comprends pas).

Je ne serais jamais allée chez un praticien EMDR, s’il n’avait pas été à 10 minutes à pieds de chez moi, après avoir lu sa fiche de carrière et qu’il me paraisse compétent dans mon cas de figure (ce qui est le cas, je n’y suis pas retournée depuis 2 mois, parce que ma vie côté SPT, est actuellement « gérable » et non intrusive, enfin vachement beaucoup moins). Je n’hésiterai pas à y retourner au besoin.

Je pense quand même au moins une fois par jour à ce vécu traumatisant.

Je n’en parle presque plus oralement, et je crois que cet article clôturera la boucle à moins que plus tard, je puisse faire un topo complet sur la partie judiciaire. (Quand on m’en parle aujourd’hui ou qu’on devise de mon stress en lien avec : j’ai envie de mettre des boules à la personne, mais je ne dis rien, si je sais que son intention était bienveillante).

Je ne me sens pas apte à reprendre un travail, ou alors en CDD court ou en période d’essai que je quitterai à la fin si je tiens jusque là. (c’est plus emmerdant, parce que Pôle emploi me fait la vie de pas avoir fait leur job et que j’ai du m’agiter dans tous les sens y a deux semaines pour le faire à leur place et en aviser le médiateur… ils ont toujours pas fait le job… de fait la formation que je visais est d’autant plus retardée que j’ignore si je vais être en capacité d’assumer la partie non financée par le CPF, et en prendre une autre à la place, moins pratique).

J’ai eu du BOL, 4 personnes IRL m’ont soutenue et pris de mes nouvelles de temps en temps, même si c’était peu, même si elles ont reconnu qu’elles y ont eu du mal, d’autres n’ont pas pris cette peine, je ne les blâme pas, juste je serai certainement indisposée si l’une d’entre elle souhaite s’épancher auprès de moi suite à des difficultés majeures. Le viol ne m’a pas rendu insensible ou égoïste, juste je vais pas m’embarrasser à me mettre au chevet de personne qui m’ont largement lourdée quand j’avais besoin de leur soutien. (la logique n’est pas la même).

J’ai eu du BOL, une personne avec qui j’avais déjà eu de nombreux rapports auparavant m’a aidée à reprendre la main sur ma sexualité, sans trop de heurt, et me rappeler que le plaisir est à l’extrême opposé du viol et que l’un ne saurait jamais se subordonner à l’autre. (désolée, Josef, et là encore, il serait de rigueur vis à vis de tes dernières interviews de ne pas appliquer ton cas à l’ensemble des TSA, et à défaut d’éviter de parler de ce que tu ne connais pas que ce soit sur la sexualité ou sur le genre de chacun).

Mon précédent job, bien que mieux rémunéré que tous les précédents, ne m’a pas vraiment permis de m’en sortir financièrement ou de me prémunir suffisamment pour ne pas me reretrouver dans la merde, de fait de ce qu’il m’a fallu dépenser beaucoup pour traverser cette épreuve pour laquelle j’ai mis en place tous les moyens à ma disposition pour traverser cet enfer, qui n’est pas encore terminé, en tout cas faire diminuer au max les effets du SPT, sans quoi je n’aurais pas donné cher de ma peau, pour une fois j’ai fait passer ma santé avant tout, même si j’ai encore de gros soucis physiques malgré tout, sans compter les arrêts maladie plus qu’à bout de force, plus qu’épuisée ; et mnésiques, mais moindre, là j’ai récupéré 75% du terrain, c’est pas confortable, mais c’est déjà grave mieux (depuis janvier seulement en constituant mon dossier pénal et en faisant les exercices de ma psy et de Muriel Salmona, pris ça et là en intégrant bien le mécanisme du bordel sans nom que c’est). Toutefois sans ce job, je n’aurais pas pu palier au quart de mes besoins à ces moments précis et ce malgré des conditions de travail plus que difficiles à la fois par mon état et l’environnement interne à l’entreprise où j’étais en poste. J’ai bien entendu, perdu mon travail, d’une manière aussi sale qu’illégale.

J’ai eu BEAUCOUP de soutien via les internets et de toute part. Y compris dans ceux qui (4 personnes) ont fini par fuir quand même.

Je me suis accrochée à de toutes petites lanternes ou illusions de personnes référentes dans ma vie, et hommes, 3, puis maintenant qu’un seul pour tenir le coup. Jusque là, comme dans le film la Haine ‘Tout va bien »... mais je garde en tête que ça peut basculer, donc j’y vais très doucement, pour préserver la préciosité des instants que je passe avec, et qui me fait me sentir belle, me flatte avec sincérité, me porte sur un petit nuage rose à nos heures, me regarde avec des yeux de merlan frit quand je débarque sapée comme jamais sans Loulou ni Boutin, quand la météo de nos vies respectives est concordante. Cette personne ignore totalement le bien qu’elle m’a fait dans cette épreuve malgré elle et encore jusqu’à ce jour. Je ne pense pas à lui en parler, je ne pense pas non plus lui parler de ce que j’ai vécu même si je crois bien qu’elle le sait, et aussi pour cette raison, je l’apprécie d’autant qu’elle ne m’a pas jugé sur ces faits, ou utilisée comme une proie facile pour les mêmes raisons. (il y a nombre d’hommes qui fantasment de « se taper la victime », figurez vous et donc méfiez vous, je pu le vérifier aussi).

J’ai également eu 4 hommes à mes côtés, de vingt ans mes ainés, pour m’accompagner, m’écouter, me soigner, prendre de mes nouvelles chaque jour ou chaque semaine, et faire en sorte que ma peur dans les rues disparaisse, me faire changer de décor, me faire prendre l’air, dédramatiser tout en restant à l’écoute, venir me rendre visite, me faire sortir et me raccompagner à la grille de mon immeuble sans vouloir attenter à mon corps. Simplement m’inviter en me faisant me sentir en sécurité en leur présence.

Je n’arrive que très rarement à sortir mon chien dehors la nuit à plus de quelques mètres de l’immeuble, mais j’y arrive, parfois, 3, 5 fois? depuis fin janvier? mi février, chais plus.

Je cherche encore parfois des mots simples ou des expressions qui ne me viennent pas naturellement en tête (restes de dissociation), alors qu’avant ça venait tout seul.

J’ai jamais été aussi féminine, élégante et sexy quand je sors, de toute ma laïfe. J’apprécie beaucoup que mes proches apprécient et me le fassent remarquer. Mon homme-funambule me regarde avec des yeux d’enfant au matin de Noël comme si j’étais un cadeau sous le sapin, quand je me mets sur ce que j’appelle désormais « mon 32 » car mon 31 n’est pas suffisant pour me sentir bien dans les lieux publics où je retrouve des gens (obviously je vais toujours en pyjama à Lidl), et parfois je lui fais quelques surprises sur des fantaisies qu’il a pu m’exposer. Et réciproquement.

J’ai peur à chaque étape, à chaque rebond, à chaque mail en lien avec la procédure vis à vis de mes agresseurs, autant que hâte qu’ils aillent se faire faire le cul par leurs futurs codétenus, et certainement pas que pour ce qu’ils m’ont infligée.

Je suis débordée, par tout ce que je n’arrivais pas à faire durant cette traversée du désert, à rattraper le temps perdu qu’on ne rattrape plus.

En cas de ça va pas, Eminem est toujours mon copilote, que ce soit au moment d’aller me coucher ou dans des épreuves ou autres formalités obligatoires nécessaires, quand y a personne à mes côtés ou que personne ne peut rien pour moi.

J’ai amélioré quelques lacunes en sociabilité grâce à tout ce beau monde, sortir me coûte un effort, mais j’ai plus envie et besoin de faire cet effort qu’avant. Parce que je suis attendue, parce que je suis appréciée et que ça m’aide pour faire le reste quand je suis seule, confrontée à moi même et à mes obligations, à me battre contre mes inaptitudes infligées.

Je suis plus épuisée qu’avant malgré que je travaille pas. Je ne mange pas très bien non plus.

J’ai plus peur de demain que d’hier, depuis ce vécu. Et ça c’est cool.

Je sais pas ce que me réserve demain et c’est autrement chiant pour quelqu’un qui a toujours besoin d’anticiper sur tout, de se préparer à tout, d’avoir un plan A, B, C et D au cas où les précédents marchent pas, pour persister dans l’existence et les besoins vitaux de base, ça c’est très emmerdant. Je fais des choses pour avancer, mais ça avance pas très bien. Je passe énormément de temps chez moi, et j’aimerais ne pas en sortir la journée sauf pour voir mes protecteurs.

Je ne suis pas plus autiste qu’hier ou que demain. Je suis, comme tous les autres, autiste épicétout. Mon handicap est amplifié de fait du SPT, mais sur l’autisme, la cartographie de mon cerveau n’a pas bougé. À mon point du spectre. Et je n’ai pas à le prouver à qui que ce soit, j’ai plutôt honte pour les verbaux d’entre nous (<— l’inclusion c’est ça), qui ont besoin de se rassurer en voulant être les seuls à l’être avec les non verbaux… Et la liste serait longue.

Sources :

(*) Affa, autisme et état de stress post-traumatique.

(**) Trouble de stress post-traumatique après un viol

(***) Les maladies psychiatriques sont peu impliquées dans les crimes (de masse) si cet article semble peu en lien avec le sujet de ce post, il donne toutefois une tendance en ce qui concerne d’autres crimes, dont le viol fait parti, même s’il n’implique pas de tuer la personne.

(****) Violences sexuelles sur les femmes autistes, un scandale passé sous silence

(*****) Et bien sûr le Wiki psychiatre

Sur l’EMDR.

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