Je pense que très rares sont les neurotypiques qui vont spontanément dans un regroupement de quelque sorte que ce soit (salon, conférence, réunion d’information, association etc.) à majorité de personnes N.A, à moins d’être concerné de près ou de loin par le sujet, que ce soit pour des raisons familiales, professionnelles ou autres, et en ce sens j’entends adresser cet article à tous parce que j’ai fait quelques expériences inverses depuis le diagnostique et qu’encore aujourd’hui j’ai du mal à évaluer si j’ai eu raison ou non de sortir de ma zone de confort, même si j’ai trouvé quelques astuces pour le faire plus facilement et surtout à réguler les risques engendrés par ce genre de mission casse-cou.

Première Partie : Sortir de sa zone de confort avec un trouble du Spectre Autistique. L’instinct d’auto-préservation prime.

De toute façon, vu de ma fenêtre, la Twilight Zone, c’est la société où je vis. C’est à dire cette société française très en retard sur l’intégration de l’autisme dans son tissu social et qui basiquement voit pour sa grande majorité et dans l’imagination collective, ma différence à la simple évocation de son nom comme une grosse tare ou le fait que je ne puisse pas être autiste parce que ce n’est pas aussi visible que sur une personne aux traits et aux difficultés plus fortes et visibles que les miennes, qui ne palpe pas non plus mes efforts de (sur)compensation et d’adaptation permanente pour y survivre, et qui ignore ou nie parfaitement comme j’en chie par rapport à ça. Sauf qu’en fait, la plupart du temps, c’est à dire hors de ma zone de confort, j’ai l’impression de me balader dans un monde extraterrestre là où pour ce monde, si j’évoque mes particularités, c’est moi qui serait tenue d’être l’extraterrestre de service.

D’où de fait, là où avant j’étais déjà « bizarre », « originale », « décalée », ou « extraterrestre » dans la bouche des autres, maintenant que j’ai les termes appropriés pour définir ma différence invisible, ce monde qui n’est pas très adapté à m’accepter comme un de ses membres à part entière, est une zone bien étrange quand elle n’est pas dangereuse, et si je le savais en substance au fond de moi auparavant sans pouvoir décrire la violence qu’il contient et les risques qu’il me fait prendre à chaque pas non mesuré comme c’était le cas avant et comme j’en ai fait les frais à maintes reprises, trouvant jusqu’alors ces violences faites à moi-même ordinaires et persuadée que tout le monde les ressentais ainsi, faire un pas à l’extérieur aujourd’hui est devenu plus complexe rapport à la nécessité que je dois avoir désormais de me préserver pour ne pas reproduire des schémas de blessures diverses comme auparavant où je pensais que c’était normal alors que non et surtout alors que les neurotypiques n’en chiaient pas autant pour des raisons évidentes d’être plus solubles dans la masse et moins de dépareillés dans le paysage.

Du coup, foutre ou non un pied dehors, est devenu une question de savante évaluation des risques encourus, de l’anticipation de tous les résultats et variantes possible, et surtout de la modération maximale d’aller m’encombrer de situations, de personnes, que mon cerveau à la tolérance sensorielle et informative limitée (c’était déjà le cas avant, mais je savais moins pourquoi, mon outil de mesure par rapport à mes difficultés était de fait moins fiable, j’avançais donc comme un aveugle sans canne ignorant parfaitement que je n’y voyais guère, pour poursuivre cette métaphore, aujourd’hui je dirais que j’avance toujours aveugle avec une meilleure connaissance de mon handicap, mais avec une canne téléscopique à bouton poussoir qui ne marche pas à tous les coups forcément quand j’en ai besoin). Bref je dois me ménager le chou sans cesse si je ne veux pas finir au bout du rouleau et en souffrir comme avant en ne m’autorisant pas le droit de m’en plaindre parce que j’ai bien intégré comment ils s’en foutent, sauf que même cet hyper contrôle de rigueur est fatigant aussi.

Depuis mes premières interrogations sur le SA, pendant trois ans j’ai trouvé un peu malgré moi un moyen bien pratique de ne pas trop être confrontée à ce que je ne connais ou ne supporte pas : être assommée de boulot au boulot à plein temps, ce qui ne justifie aucunement que parce que je le supportais il fallait m’en filer triple. Au point d’être trop en ruines physiquement et nerveusement le soir pour en plus aller sortir autre part, rencontrer d’autres gens. J’ai même poussé le vice à me fatiguer encore plus en m’imposant des activités sportives extérieures qui n’impliquent pas ou peu d’interactions sociales, enfin aussi pour filer moins d’heures sup gratos, histoire d’éviter d’avoir à résoudre ça. Plus j’étais pas très bien payée, ça limitait d’autant plus mes possibilités de me confronter au grand dehors ou de me permettre le moindre divertissement. Et pourtant je suis beaucoup sortie dans ma vie, que ce soit pour prendre le train seule et me rendre en terra incognita (pour pratiquer mes IR, en fait), ou juste faire la fête (j’ai la double face rigide parfois/festive d’autres) mais toujours dans les mêmes endroits et avec des personnes que je connais. Seule, je suis incapable de me rendre où je ne connais personne, où alors il me faut une préparation psychologique d’au moins trois semaines pour y arriver sans garantie d’y arriver ou de rester le temps attendu si j’y arrive, et une sérieuse motivation de nécessité ou de besoin pour le faire, sinon je me passe très bien de la moindre forme de sociabilité. En gros en terme d’autonomie de sortie seule, je frôle le stade du protozoaire, encore qu’il se déplace plus facilement que moi, celui là aussi, même malgré lui.

Il faudrait idéalement que quelqu’un m’accompagne chaque fois que je vais en terrain inconnu. à cause de la phobie sociale, à cause aussi des désordres sensoriels. Et parce que je peux me perdre dans une flaque d’eau et en attraper une crise de panique dans le quart d’heure, et comme je me retiens de « paraître » stressée dans ces cas là, quand j’ai accompli cette douloureuse mission, je suis juste à ramasser à la petite cuillère, l’ombre de moi-même, une coquille vide, tarie de toute ressource énergétique, une larve incapable de ramper une dernière fois sauf pour recharger en dormant le plus longtemps possible, d’un sommeil lourd comme un tank. Donc n’importe quel premier pas est compliqué, je n’ai aucune spontanéité à sortir de manière imprévisible, je dois me conditionner à chaque fois, relativiser des heures ou des jours durant, regarder mille fois le trajet, m’y préparer mentalement, photocopier la carte en couleurs avec le trajet détaillé de la RATP ou de mappy pas à pas, faire des capture d’écran, re-regarder le plan à la sortie d’un transport, sortir le GPS, me rassurer sans cesse et prendre des repères visuels. Grincer des dents et être au taquet de chaque fait et gestes des gens dans les dits transports. En gros il me faudrait idéalement un assistant au déplacement en permanence. Tu ne peux pas m’appeler à l’improviste en me disant « Viens rejoins nous/moi là, maintenant ». à moins que ce soit à moins de 20 mn de marche sur un chemin que je connais par cœur dans un lieu où je suis déjà allée mille fois. Pareil pour les magasins. Donc quand je dois me rendre quelque part par obligation ou nécessité tous mes Warning sont en perte d’équilibre.

J’habite toujours le même quartier depuis 10 ans malgré trois déménagements, juste à cause de ça, je ne connais que deux arrondissements de Paris à peu près correctement, et les alentours des endroits où j’ai travaillé.

En ville c’est ainsi mais bizarrement si tu me jettes dans un coin perdu dans la montagne, je me débrouille. Je prends des chemins étranges, mais je ne me perds pas, pire, je m’éclate, et je peux partir sur des kilomètres et des journées entières, pire je deviens casse cou, à m’aventurer de manière inconsidérée en sachant que c’est sauvage, ou que les conditions météos sont pas forcément idéales ou qu’il y a du danger. Je parle aux vaches aux ânes aux cailloux que je croise, et je me sens dans mon élément. La différence c’est la peur. Liée à rien de spécifique en terme d’événements passés ou de vécu. (faut il aussi que j’ai du avoir du bol, même en me sachant marcher parmi des bestioles étranges et de potentielles vipères à mes pieds nus, jusqu’ici il ne m’est rien arrivé d’affreux).

ça a été bien pratique ces trois ans. Mais à la sortie et après le diagnostic j’ai aussi vite compris le degré d’isolement que je m’étais imposée et comment ça diminuait quand même beaucoup mon autonomie ou mon champ des possibles dans l’avenir si je voulais évoluer un peu mieux. Parfois je me suis lancé des petits défis. Parfois ça a été un succès d’autres une catastrophe, mais souvent c’était seule et ça n’impliquait pas de devoir sociabiliser à l’issue.

Aussi, voilà quelque chose que je fais depuis des années : si je ne suis pas In the Mood for… je ne fais pas. Je ne peux sortir et apprécier une soirée si mon esprit est pollué par des tristesses, des frustrations, des problèmes ou n’importe quelle prise de tête. Je connais bien le proverbe : « Tu noies ton chagrin dans l’alcool? N’oublie pas qu’il sait nager ». Donc pas d’esprit libre et au clair, pas d’apéros, pas de lol. Sûrement aussi que pour ces raisons d’auto interdiction de sorties en cas d’humeur de chiasse ou de moral dans les chaussettes, les gens qui ne me voient que dans ma version a « happy face » (because I’m Indeed happy at this moment) ont une idée de moi hyper sociable, festive, parce que je ne leur impose jamais mes états de perdition. C’est juste que je ne m’impose pas plus d’ingérable quand je ne suis déjà pas en capacité de me gérer dans mes routines. De fait, le taf combiné de ces trois ans de noyade dans le Workaholisme parmi des personnes dans le même état d’esprit à cause du simple cœur de métier, l’avantage interactionnel d’avoir des collègues cools sans que nous soyons des amis (même si j’ai noué des amitiés aussi), et mes recherches et mes interrogations diagnostiques vis à vis du SA, avec tout ce que ça suppose de reconsidérer sa vie, ses ratés comme ses réussites à travers ce nouveau prisme du TSA sans en avoir eu confirmation aussi longtemps que la démarche diag a duré, ne me permettait plus trop de sortir sans trop me poser de question.

En gros si avant je vivais dans le flip de chaque mouvement qui m’amène à être sociable mais que je me faisais toutes les violences pour ressembler aux autres qui n’enduraient pas cette peine, à peine je savais de quoi étaient faites mes difficultés que mon besoin de repli paraissant subitement si évident, que je m’y vautrais comme dans une couverture tiède autant comme autant, jusqu’à la dernière limite de l’asociabilité consentie.

Il y a 10 ans, je traversais la France à mes heures perdues et parce que j’en avais quelques moyens, me faisant héberger par les uns et les autres au gré de rencontres sur internet, seule avec mon sac et ma caméra sans toujours connaître mes hôtes. Si tout cela peut paraître bien téméraire et que mes périples se sont globalement très bien passés, j’ai toujours eu en tête avant chaque départ un plan B. qui me permette de fuir en cas du moindre problème. Repérer les hôtels à côté, calculer le coût d’un taxi en rase campagne jusqu’à la gare ou l’hôtel les plus proches. Tout en cas d’imprévu. Chaque fois. Sans cette condition je n’aurais pas fait ces kilomètres. Assurer ses arrières en cas de prise de risque potentiel qui peut supposer une crise, une surcharge, et n’importe quel malaise insurmontable, est primordial quand on a un T.S.A. Pourtant je n’avais pas la moindre idée du S.A à l’époque et je faisais tous ces calculs et hypothèses par anticipation très naturellement. Bien entendu aucun de mes hôtes de l’époque n’a jamais été mis au fait de ces stratégies d’anticipation, et je pense qu’ils auraient à raison trouvé ça bien vexant si je leur avais dit.

Aujourd’hui encore, il y a des jokers d’amortissement en cas d’inconfort ou de déstabilisation amortie : pouvoir prendre un über ou un taxi à tout moment, avoir toujours un peu d’argent sur soi pour ça. Bien calculer son aller et son retour, ne surtout pas prendre le moindre chemin de traverse sous aucun prétexte ou s’arrêter en route si on ne la connait pas. Ne fréquenter que des personnes avec lesquels je me sens en sécurité, ne rencontrer qu’un inconnu à la fois. Éviter au maximum les heures d’affluence, les situations de groupe. Et ensuite savoir que j’ai le temps nécessaire pour décompenser sans autre impératif à vue, dormir comme une marmotte pendant 10 heures, ne parler à personne les heures qui suivent jusqu’à retrouver un niveau d’énergie et de stress normaux, ou à tout le moins supportable.

Devoir sans cesse me poser la question de ce que je suis en capacité de « Handle » (supporter) ou non, est un genre de valse continuelle trois fois plus largement dansée au niveau des trois cerveaux cortex, reptilien et limbique dans ma tête qu’une personne lambda, pour qui ces réflexes n’ont lieu qu’une fois en situation, quand j’ai besoin de réfléchir à comment je vais m’y prendre pour sortir de ma comfort zone idéalement 6 semaines à l’avance, et que ces 6 semaines me sont rarement données. Cela donne lieu à beaucoup d’engagements non tenus. Et à force, à plus aucun engagement que je ne suis pas certaine de tenir.

Pour parachever ces 3 années d’isolement. (Quand je dis isolement, je précise aussi, que si de base je ne vois pas grand monde et téléphone peu, là c’était encore en dessous de ça, et ça a aussi généré des trucs pas cools pour les amis : quand je t’ai au tél même une fois l’an, prépare toi à avoir 3 heures de mes monologues à subir devant toi, car IL N’Y A QU’A TOI QUE JE PEUX PARLER – j’ai concrètement 5 amis dont je me sens vraiment proche, dont la moitié éloignée et l’autre très peu dispo car nous habitons Paris, donc j’ai bien conscience que durant cette période, je ne fus pas de la meilleure compagnie qui soit même à distance). Maintenant que j’ai pas mal travaillé là dessus, les gens ne cessent de me silencier, de vouloir abréger ou de me dire « Arrêtes » alors que je viens à peine de prononcer 3 mots. Le pire c’est que si ça se trouve certains pensent m’aider ainsi, en fait c’est juste hyper méprisant de même qu’ils se privent de constater que j’ai progressé là aussi, donc je me plie et en fait, je ne leur raconte plus tellement grand chose, peut-être que c’est pour ça aussi en ce moment que je rencontre de nouvelles personnes avec qui je n’ai pas ces problèmes.

Post diagnostic, mes semaines se sont résumées à me cloisonner jusqu’à ce que je digère un peu, aussi le temps d’avoir l’énergie nécessaire pour supporter de nouveaux genres de harcèlements moraux au taf après l’annonce du diag, le temps de le quitter, que je commence à accepter, et que je mette en place petit à petit de nouvelles stratégies peut-être plus efficaces que les précédentes, maintenant que j’avais une bonne cartographie de mon fonctionnement neuro, par quelques vingt pages de compte rendu diagnostique et différentiel. J’ai eu la chance qu’une de mes BF soit assez dispo à cette période, et de fait que ça ne la gonfle pas trop que je lui fasse état de mes états le temps que je digère bien tout ça et que mes réflexions sur le sujet comme mon envie d’en parler sans cesse se stabilisent. Maintenant dès que je dis un truc, par ex elle me coupe « viens en aux faits » arrête », donc je ne finis jamais rien. La dernière fois je l’ai écouté longtemps et ça ne m’a pas dérangé, donc je n’ai plus grand monde à qui parler sauf des personnes au jus de cette réalité, et sauf la peine que j’ai de ces drôles d’amis qui me supportaient apparemment mieux quand j’étais au plus mal, je sors un peu ailleurs de cette zone là. Et c’est cool.

Donc j’ai fait ce que je fais chaque fois qu’une grande période de ma vie se termine pour laisser place à une nouvelle dont on ne sait encore trop rien : le Grand Ménage en comptant avec les enseignements du diag, soit essayer de réadapter un maximum de choses pour me faciliter la vie maintenant que je ne pouvais plus fermer les yeux sur mes spécificités que ce soit dans mes difficultés ou mes points forts.

Comme je dis toujours, avant diag, j’ai marché pendant 34 ans à côté de mes propres chaussures en toute ignorance de cause, aujourd’hui, passée la colère en sourdine en toile de fond que j’ai eu à le réaliser et en revenir, je refuse catégoriquement de perdre une minute de plus à ne pas déployer toutes les capacités non développées que j’ai du laisser de côté au profit d’une survie précaire en niant mes difficultés, ayant trop accepté brimades, harcèlements et autres humiliations, par mes vaines tentatives de conformisme, à être sans cesse rabaissée par la violence du monde extérieur et ses participants insensibles et ignorants de mon handicap.

Une fois un peu d’ordre remis dans mes objectifs et aspirations professionnelles, et ce sera l’objet de la deuxième partie de ce chapitre : stratégiser pour ne plus être la victime de situations torves avec ses propres ressources internes, j’ai eu une période d’apaisement et de confort général qui m’a permis de sortir plus facilement de chez moi et de prendre quelques risques non prémédités dans leur amortissement.

Et bien je n’ai pas été déçue.

J’étais entre deux mondes. Avec mes rigidités et mes trouilles d’autiste, mon autonomie limitée, j’avais lancé des lignes pour reprendre un contrat de CDI mieux payé, j’étais en attente, en dilettante, à disposition du tout venant, dans l’incertitude de l’emploi fixe du demain, si possible stable, bien rémunéré. (J’appelle bien rémunéré qui permette de finir le mois, sans bénéf excédentaire particulier de plus).

Je déteste les périodes transitoires.

Je déteste les périodes transitoires.

Je déteste les périodes transitoires.

Le dire trois fois de suite ne conjure pas le sort, et apaise à peine l’anxiété générée par la peur de l’inconnu à venir. Mais j’étais à jour de tous mes autres objectifs et en cours, j’avais même fait plus, comme toujours et tant pis si c’était des coups dans l’eau, ça m’avait apporté, à tout le moins sur le moment, j’avais pallié à tous mes besoins, je n’avais pas de manque, et mon pire ennemi étant résolument l’ennui, pouvoir me la couler douce avec des moyens précaires, même si je savais m’en accommoder sans plainte, restait rédhibitoire et anxiogène, sans avoir la moindre idée d’où je serai dans une semaine, un mois et idéalement les 12 suivants.

Me voilà donc dans cette situation détestable où je ne sais pas quoi faire de ma peau pour trouver une once d’épanouissement en attendant des réponses.

Heureusement j’ai la routine millimétrée et mon site internet pour préparer mes contenus d’avance sur ce que j’ai à exprimer pour les semaines à venir. J’écris sans faille à heure fixe, sors le chien de la même façon, mange les mêmes aliments, me lève, me douche, fais les courses à la même heure, m’autorise une pause déjeuner sur netflix tous les midi jusqu’à 13h30 max, bref une routine idéale et sans imprévu, le rythme parfait d’un autiste.

Je ne sais pas trop évaluer mes limites, j’écris, je peaufine, je dors, je me lève etc. La canicule s’installe, mais je vis plein nord, c’est juste un constat que je fais quand je sors ma chienne toutes les 4 heures, pour m’aérer aussi un peu. J’alterne avec mes formations en ligne. Je ne m’autorise pas d’impulsions d’achats superficiels non plus. Je ne sais pas où je serai demain. Je ne suis pas dans un état de légèreté qui me permettrait de festoyer légèrement. Donc je ne festoie pas.

Il fait de plus en plus chaud dehors mais je ne suis pas au courant, et au fil de l’avancement de mes écrits, je me noie un peu, je suis envahie par mes propres mots. Je sais prendre la pause, pour laisser pauser justement, regarder les choses d’un œil neuf a posteriori, corriger, revoir, affiner, mais une fois de plus je n’ai pas mesuré l’investissement que j’y ai mis.

Je suis une personne du froid. La chaleur m’accable vite, et j’ai beau être plein nord, je commence aussi à souffrir de ces longues journées à focaliser dix heures sur l’ordinateur, remuer sous les draps la nuit, je ne m’en rends compte que quand le mal est déjà fait. Je ne supporte plus ces chaleurs douloureuses, ici c’est Paris et sa chappe de plomb-pollution, pas la montagne et son soleil cuisant, mais son air respirable. Je commence à m’impatienter de ne pas travailler dans un bureau climatisé. J’ai beau avoir la phobie des germes, au prix de cet étouffement de mort, je rêve du froid des courants d’air de bureau.

Cet après-midi là j’ai passé un entretien d’embauche pour un hypothétique emploi où je n’ai pas postulé via un cabinet de recrutement qui m’a trouvé sur internet (tout est dit). J’ai eu un entretien préalable avec la personne de l’entreprise de recrutement. Ça s’est très bien passé, ça a duré deux heures, mais je ne me suis pas formalisée plus. J’en suis quand même soufflée et je ressors impressionnée, ce serait un peu le job que je ne rêvais plus, qui correspond à la fois à ce dont j’aurais besoin pour exercer en parallèle de mon projet de passer un diplôme à distance en même temps. J’ai déjà trois cabinets de recrutements dans mes contacts qui m’envoient de ci de là chez des employeurs de valeur (lol), et quel que soit le job, j’ai mon projet de formation diplômante, j’ai besoin de travailler un an au plus, le temps de valider les projets du diplôme, parce que j’ai déjà pris tous les cours associés, juste il ne va pas falloir que ce cirque dure trop longtemps, si je ne travaille pas d’ici août, je ne vais plus pouvoir payer de loyer, je relance l’intérim où j’ai travaillé 2 ans et demi il y a trois ans dans la foulée. C’est ok de faire le canard d’entretien avec le déguisement et les réponses ad’hoc, mes expériences de survie pécuniaire à Paris connaissent tout ça par cœur, mais faire la stat’ de la boite de recrutement si elle me trouve pas de job au deuxième, c’est mort, je serai plus rapide que ça à trouver par mes propres moyens. Je suis pas votre ticket de prod’.

L’entretien d’aujourd’hui est dans un de mes domaines de prédilection, mais récemment j’ai eu deux opportunités similaires et n’ait pas été retenue. Je n’ai pas proprement travaillé officiellement dans le milieu du spectacle ou de la culture depuis dix ans. Je me suis spécialisée les 7 dernières années dans l’ingénierie technique, je ne rêve plus du « coup de bol » qui me ferait retomber dans mon secteur idéal, j’ai d’autres compétences aussi, ce serait l’idéal la culture, mais si ça n’arrive pas, je retomberai sur mes pieds. Du coup je suis perturbée, parce que passer un entretien aussi humain pour un poste aussi convoité et que je ne l’obtienne pas, me ferait tomber d’une falaise imaginaire. J’ai retenu le principal : je suis sur compétente et c’est bien là que je me fais harceler quand ça se voit de trop, là au lieu d’être mal vue parce que j’ai repéré les failles du système « entreprise' » dans la méthodologie ou l’orga générale, je pourrais être missionnée pour le faire et les réparer. Il y a Enjeu. Je rentre chamboulée, mais je ne m’en rends pas encore compte.

J’ai travaillé mon entretien, je suis foncièrement honnête, je voudrais un travail où je serais acceptée pour mon savoir-faire, ni plus ni moins, je n’ai rien à cacher.

Je ne sais pas m’habiller bien pour paraître, je n’y ai aucun plaisir narcissique, je ne me sens pas belle, pas moche, pas femme, pas homme, rien. Mais bon, pour 30 balles j’ai fait les stocks de liquidation totale d’un e-shop en ligne et chopé de belles pièces, justement pour faire le canard d’entretien. Là ça ne rigole pas, c’est un job de responsable, tu ne te comportes pas pareil quand on te donne des responsabilités ou quand tu es hiérarchiquement en bout de chaîne.

J’ai juste compris en substance que c’était essentiel dans la jungle urbaine pour se « différencier » comme une pluevalue, le fucking paraître. Franchement je trouve ça ridicule, mais je sais bien depuis le temps que toutes compétences confondues, c’est souvent l’impression et la gueule qui comptent. Heureusement il ne suffit pas d’un entretien de deux heures pour détecter que je suis bizarre…

En rentrant, j’ai survécu aux deux heures de conversation formelle et informelle avec un employeur qui m’inspire beaucoup de respect, de professionnalisme, et d’humanité. le soir je sors la chienne, toujours décontenancée par mon entretien, à la tombée de la nuit, parce que j’ai un bouledogue, ce peuple là respire comme si c’était à travers une paille, et ce jour là il SOUFFLE dehors, enfin. Elle en bave, ma pitounette les jours d’avant, alors je ne la fais marcher qu’à l’ombre pour ne pas lui brûler les coussinets, et puis elle a un manteau de fourrure à plein temps, elle, qu’elle ne peut jamais enlever contrairement à moi qui a l’option tongs-short. On respire, ce soir là. Elle ne halète pas au bout de deux mètres, ce soir. Moi non plus, je ne me sens pas accablée, pour une fois depuis longtemps, c’est qu’avec mes occupations sur le web et ma recherche d’emploi, les seuls jours que je compte sont ceux où je pourrai bouffer.

J’ai mes petites habitudes, j’emprunte toujours le même parcours, mais là, vraiment l’air est respiratoire comme il ne l’a pas été depuis de longs jours, je décide d’en profiter et de faire le tour du quartier. C’est le mois d’août, je ne sors vraiment que dans un seul café le dimanche quand j’ai passé trop de temps enfermée chez moi, je termine mes deux dernières heures de formation en ligne le dimanche soir vers 18h00, j’ai envie de profiter de cet air nouveau, je passe devant mais c’est la fermeture annuelle, en face un autre café quasiment vide est ouvert. J’ai un peu d’argent sur moi de la monnaie du buraliste. La chienne n’est pas essouflée et en détresse non plus, on va s’arrêter là, parce qu’on est à jour de nos activités du jour, boire un verre, et rentrer terminer la journée comme la veille.

Me voilà donc en pleine Neurotypie. Où je ne connais personne. SEULE. Enfin, non j’ai mon joker, j’ai le chien. Et puis Patatras, la décompensation tombe là, j’ai passé cet entretien tout à l’heure, et c’était bien, c’était pas un entretien, la meuf du recrutement m’avait brieffée quelques jours avant. C’était le job que je ne peux pas louper.

ça commence comme un sketch, je dis une connerie sur le fait que c’est quand même « chien » d’être dans ce café juste parce que l’autre est fermé, et un des peulés et des trois tondus des environs, répond que oui, c’est vrai. On discute. Je pense que ce mec a la trentaine, il vient de terminer son taf. De livreur. Temporaire.

On continue à discuter et il est franchement très sympa, alors je m’attarde. On parle de tatouages, de punk, des potes à lui de quartier ou non, passent nous rejoindre. Aussi sympa que lui. Au final j’apprendrai qu’il est bien plus jeune que ce que j’imagine, je suis toujours sous le choc finalement, de l’entretien que j’ai passé, et j’ai besoin de déposer le bilan, donc je parle, mais j’écoute aussi. Et j’en apprends. J’en apprends qu’il y a encore de ces jeunes étudiants militants qui ont pourtant fait de hautes études, moins cons et immatures que d’autres de vingt ans de plus qu’eux. S’ils pouvaient être tous comme ça. Dans mon programme de finir en vieille réac à 45 ans si je ne réussi pas un truc cool d’ici là, j’ai prévu de n’avoir aucune pitié avec des plus jeunes que moi, et ils me donnent trop souvent la preuve que j’ai bien raison, à trois exceptions près, dont les jeunes ingénieurs avec qui je travaillais dans mon précédent contrat.

Du coup je suis juste choquée, de tomber sur des mômes et pas que le livreur pour qui c’est un job d’été, avec une si bonne mentalité, ouverts d’esprit déconstruits, avec des conversations inspirantes et qui ont déjà un peu bourlingué à travers le monde et en ont tiré de bonnes leçons.

Je ne veux pas partir. La soirée se termine chez l’un d’eux avec les autres. Je vais vous la faire à la Trierwieller : Merci pour ce moment. J’ai failli de nouveau avoir une once de foi en l’humanité parmi ceux là. Je rentre tard, à deux rues, mais ça valait le coup, j’échange les numéros avec l’un d’eux, mais on est voisins et il part en vacances ; et peu importe.

J’avais besoin de ça à ce moment là. De personnes tolérantes, et sans trop de jugement. Je ressortirai de chez moi un autre jours après des semaines de cloisonnement pour voir… à la rentrée peut-être. Quand je serai fixée sur un job. Mais ça ne tardera pas quand même.

La semaine suivante j’avais un autre rendez-vous avec une personne TSA, cette fois. Et j’avais hâte, je me sentais confiante… Et je dois en tirer la leçon.

Je connaissais cette personne depuis bien trois ou quatre ans par les réseaux. Elle a été diagnostiquée avant moi, et je l’appréciais beaucoup pour sa sensibilité. On a beau se fier facilement aux relations longues par internet, quelles que soit leur teneur, IRL on a parfois d’énormes déceptions. Jusque là j’avais sans doute échappé à ces dernières, et sûrement fallait il une exception.

J’avais donc cet ami de passage à Paris quelques jours pour fêter un événement familial. A vrai dire j’admirais énormément sa force au combat de multiplier les handicaps et malgré tout de tenir le coup, d’assurer pour sa famille, et tant d’autres choses élogieuses, que je ne saurais ou non lui enlever, force est de constater qu’en réalité, a posteriori je n’en sais rien et que je ne sois personne pour juger.

Je sais la difficulté que c’est d’être à Paris pour la première fois, pour l’avoir expérimenté il y a des années, et j’essaie en ce cas d’aider, de conseiller si on me demande des « tips ». Quand on ne ne connait que la province, ça peut être assez brutal, si c’est moins tentaculaire que Londres, c’est quand même une épreuve, encore plus avec un TSA, parce que sensoriellement, c’est un festival h24, encore plus si on est là quelques jours pour en voir un maximum. Je fais donc et en particulier pour une personne TSA, ce que j’aimerais qu’on me prévienne si j’étais à la même place, un maximum de prévention. Je me rends dispo, sur le tel et messenger même si je travaille, je file les bons plans etc. Bref j’accueille et tant pis si ça me pompe temporairement quelques cuillères en route.

Quand j’ai appris que cet ami faisait le détour par ici, j’étais Joie, je me disais que depuis le temps, et après tous nos échanges sur les messageries en ligne, il y avait peu de chances que ça se passe mal. Mon ami venait voir un spectacle qui lui tenait à cœur et il se trouve que dans le même événement d’autres artistes que je rêvais de voir se présentaient aussi. Elle me prévenait un mois en avance de ça et en confondant les dates, nous échangions sur le fait d’y aller ensemble, et je me décidais à prendre ma place avant que la disette de ce mois chômé n’emporte toutes mes billes au paradis des frais bancaires faire de nouveau anges qui partent toujours trop tôt, mais que si c’était la semaine suivante, c’était encore faisable.

Au moment de valider mon ticket spectacle en ligne je voyais que c’était dans un mois, et je me disais que c’était encore plus tant mieux puisque d’ici là je savais que j’allais travailler et que ce serait plus simple pour moi de prévoir mon budget avec mon organisation habituelle. (possibilité de partir à tout moment etc). C’était en dehors de Paris, mais accessible en métro, en plus d’une heure. Habituellement je me refuse à aller si loin ou bien vraiment avec des personnes très proches en qui j’ai entière confiance, et en partageant le trajet aller-retour, mais cela faisait exception aussi.

J’étais en contrat temporaire, et là aussi j’aménageais ma semaine pour partir plus tôt ce jour là, et me rendais également disponible pour indiquer des lieux sympas à visiter à peu de frais à mon ami en fonction de ses sollicitations et d’où il se trouvait à ce moment.

Le jour J, je mettais le turbo pour rentrer chez moi à toute bombe, sortir la chienne, me changer et foncer pour se trouver comme convenu devant l’entrée du lieu. Mais quand j’arrivais, déjà à la sortie du métro, loin de mes pénates habituelles et considérant mes problèmes de repères dans l’espace, je ne savais pas où aller, j’avançais à tâtons, je ne me sentais pas très bien, mais soit, je trouvais finalement la direction où aller. Entre temps, mon ami me signalait qu’il n’avait pas attendu, n’étant pas seul, puisque c’était un événement familial, il dépendait de la peur des personnes qui l’accompagnaient de manquer le 1er spectacle.

Sans idée de la surface du lieu, puisque je n’étais jamais allée, je franchissais les contrôles d’entrée standard et m’avançais à l’intérieur de cet espace gigantesque… En plein air. Mon ami m’envoyait des sms pour me dire où il se trouvait et surtout comment le trouver. Je pensais être au bon endroit quand après 15 minutes à chercher ce groupe des yeux, je ne trouvais personne. J’avançais encore sans plus vraiment savoir où je me dirigeais et comme souvent, sans guidage autre, je commençais à prendre panique et à freiner et à vouloir faire marche arrière, l’angoisse montante. Avec tout ce temps perdu, le spectacle que tenait à voir mon avis devait avoir largement démarré, et bien que j’envoyais un « SOS » par sms où je signifiais que j’hésitais de plus en plus à avancer, les larmes aux yeux, en détresse, à côté d’un arbre, mortifiée à l’idée de me perdre encore, je vérifiais une dernière fois la route derrière moi et le chemin parcouru (si je n’étais pas sûre de savoir comment revenir, ce n’était même plus la peine que je tente un pas de plus) et en me contenant encore, je marchais encore un peu jusqu’à ce que mon point de rendez-vous soit enfin indiqué sans quoi je ne donnais plus cher de ma peau. Une partie de moi cède littéralement dans ce genre de cas, et je peux me retrouver juste paralysée, larmoyante, muette et repliée sur moi-même et incapable de faire un pas de plus.

Je commençais tout juste à pousser de longs soupirs de soulagement quand je trouvais enfin cet ami, et surprise, en plus de ses accompagnants annoncés, nous avions un « invité » surprise, enfin surprise uniquement pour moi qui n’étais pas au courant. Un imprévu de plus, et là très franchement, je me disais déjà que « si j’avais su j’aurais venu ».

Cette fois j’étais malaisée autant qu’interloquée, que le staff prévu (3 personnes dont mon ami et moi) fut additionné d’un de plus. Autant individuellement je n’ai pas trop de difficultés autant dès qu’il s’agit d’un groupe, ça devient compliqué. Evidemment il n’en paraissait rien. On m’a bien appris à me tenir courtoise et sympa en société, même si je suis dans la pire déconvenue. Et pour ajouter à la chose, en début de semaine, j’avais eu un gros souci de prélèvement bancaire extraterrestre dont aucun conseiller en remplacement du mien ne pouvait me donner la teneur. J’avais évidemment alerté mon ami, en lui disant que rien que pour ça je ne pensais plus venir, à cause de la gêne, de la déconvenue de lui imposer ça. Et j’aurais du m’écouter à tous les niveaux.

Aucune idée de qui est la personne qui nous accompagne, mais mon ami la connait via les groupes facebook sur le spectacle qu’on est en train de voir. Je reste là à voir le 1er truc, je ne suis pas fan, mais je ne vais pas non plus dire que ça me dérange tant que ça, après tout c’est chacun son tour, ensuite il y aura le truc que je veux voir moi. C’est surtout pour un membre de sa famille. Après ça la personne qui nous accompagne tient absolument à faire cadeau d’un chapeau au staff présent sur scène. Et comme ça n’a pas été fait durant le spectacle, elle demande au mec de la sécu. Je ne dis rien, parce que je sens que tenter de l’en dissuader serait vain, même si je trouve ça un peu puéril. Vous savez, pour les VIP, il y a des loges plus chères prévues pour ça pour le public et même là c’est pas gagné. Mais il faut quand même aller là bas, j’attends qu’elle interpelle les gens et rende les armes. Ensuite il est question de manger, je discute un peu enfin avec mon ami mais j’avoue que j’ai énormément de mal avec l’autre personne. Je ronge mon frein. Le temps de manger dure bien une heure, c’est à dire juste le temps de se fixer sur où et quoi. Je me dis que je vais sûrement louper le début de mon truc, mais soit. C’est pas très grave de louper un quart d’heure. Quand finalement on s’arrête pour manger, l’autre personne entame la discussion avec un parfait inconnu qui nous accoste. Pendant ce temps je discute avec mon ami, et peu à peu les gens accourent en passant devant nous pour voir le spectacle suivant. Ce sera donc râpé pour y avoir une bonne place. A un moment j’y vais pour essayer d’aller voir un peu quelque chose, mais c’est déjà trop tard, c’est loin et on ne verra plus grand chose sauf les grands écrans de rediff et les acteurs du truc en tout petit petit petit. ça me fait d’autant plus mal au cœur d’avoir payé pour ce truc que c’est exactement le montant qu’il m’aurait fallu pour ne pas me retrouver en disette de par les erreurs de la banque et personne pour traiter l’urgence, dépanner le temps d’avoir l’explication. Mais mon ami me dépanne, et je lui fais un chèque en échange. J’étais aussi venue avec des petits cadeaux, de l’époque où je faisais des bijoux. J’en offre encore parfois aux personnes que je sais ne pas pouvoir se payer ces petits luxes ou simplement que j’apprécie. Mon ami m’explique que de toute façon il n’aime pas le spectacle d’après, et ses accompagnants ne souhaitent pas y aller non plus. Je pensais qu’entre autistes on se solidariserait plus les uns les autres, mais constat est que non, je suis venue regarder des gens apprécier un spectacle et c’est tout. Ils daigneront toutefois rester apprécier 3 morceaux vers le milieu du spectacle et ensuite il faudra rentrer parce que tout le monde est fatigué. L’autre personne qui m’a été imposée, je ne peux pas le considérer autrement, restera à la recherche désespérée d’un compagnon de vie. Je ne resterai pas seule, dans le noir, avec un brin d’argent prêté qui me sera plus utile pour manger à une heure de chez moi à regarder de loin quelque chose que je souhaitais voir depuis longtemps mais n’en avait pas eu l’opportunité avant en sachant que la troupe ne reviendrait pas de si tôt à Paris, dixit les médias.

Je referai cette heure de métro, et rentrerai vidée. Et pendant que mon ami trouvera que c’était trop cool, je me sentirai mal. Quand je lui expliquerai que je suis très heureuse pour lui que ça ce soit bien passé mais pas tellement bien vu de ma fenêtre et ma déception d’avoir loupé mon spectacle,.. Je m’en prendrai plein les rouleaux, et me ferai accuser de lui en faire porter la faute même si ce n’est pas mon point. S’en suivront des tartines de reproches sur messenger, pendant que je me cogne un gros melt du dimanche, incapable de rien la journée, déçue, déconfite, les larmes aux yeux, chaque fois qu’elle en parlera, et là aussi, ce sera bien de ma faute, je bloquerai tout, lui demandais d’encaisser très très vite mon chèque en échange de son dépannage et qu’on en parle plus.

Je pourrais dire que j’ai passé un des pires moments de ma vie quand il se devait d’être festif. Et j’aurais du m’écouter, abandonner l’idée d’y aller puisque je n’aurais pas pu fuir à tout moment, ce que j’aurais largement fait en temps normal, en m’excusant de ne pas pouvoir rester. Mais on ne m’y reprendra plus.

Entre autistes, entre amis l’on ne se doit jamais rien. Je crois que c’est comme ça en tout cas que j’entretiens de bonnes relations avec mes proches. Mais j’avais essayé pourtant d’appeler pour qu’on fasse un prévisionnel de cette soirée, et j’aurai largement préférée être mise au fait de toutes ces déconvenues, savoir qu’aucunement mon ami n’avait prévu qu’on aille voir la suite du spectacle que la partie qui l’intéressait, et que ça ne changerait rien à sa vie que je vienne ou non. Ou peut-être que c’est éducationnel ou peut-être qu’on s’est mal compris.

Voilà pourquoi dans tous les cas et pour s’éviter ce genre d’histoires qui finit mal mieux vaut ne pas trop se plier en quatre pour des personnes qui n’en feront peu voir aucun cas. Ou alors toujours avec de quoi pouvoir s’en replier. Et malgré le melt ce n’est pas cette histoire là qui m’est la plus douloureuse, mais bien la sentence finale de mon « ami » quand après 5 jours de justifications et qu’il veuille à tout prix compter les points ou trouver que je lui nourrisse mille reproches de ce moment, je l’ai passé en contacts restreints, et bien sûr il a remarqué, et quand il m’a sorti d’un coup « et si tu parles de moi sur les internets gare à toi parce que les internets ont des oreilles ». Et bien j’espère que tu liras cette histoire un jour, pour comprendre premièrement que c’est exactement avec ce type de remarque nocive que j’ai donc supprimé d’autres amis autistes plus tangibles de mes contacts et comme ça m’a fait mal quand ta parano contagieuse m’en a remise là, par rapport à eux surtout, mais surtout par rapport à tes insinuations d’être potentiellement un petit œil de Moscou peeping spying, un pauvre stalker qui n’a que ces fenêtres pour vivre quelque chose, qui sont pour moi les pires des personnes du web, et que si je raconte cette histoire c’est bien que tu as loupé une chose : je n’ai pas à céder à des menaces et je raconte ce que je veux, simplement parce que mon histoire m’appartient et que je n’ai pas à me laisser décourager par qui que ce soit où que j’aille et quoi que je dise.

… Pourtant…

Quelques semaines plus tard… Alors que le dimanche, je m’aère parfois 2h au café du coin pour faire un peu de formation en ligne après m’être déjà brûlé les yeux tout le week end sur l’ordi là dessus ou sur le blog, j’y croise un copain du quartier que je n’ai pas vu depuis des années. C’est toujours un bon moment, parce qu’il est toujours jovial, je l’avais rencontré la première fois en sortant il y a dix ans avec une très grande amie à moi et de longue date en visite à Paris. Et puis finalement je me trouve à naviguer entre quelques conversations de comptoir, et en même temps à tchater avec une copine sur le web qui en a vécu de drôles ces derniers temps et à qui j’essaie d’apporter un peu de soutien. Et me voilà avec un nouveau voisin que j’appellerai coco l’oiseau et qui m’amuse beaucoup.

Coco l’oiseau est un drôle d’oiseau de nuit, qui travaille et vit la nuit, avec des horaires les pires d’un job que tu voudrais pas à moins d’un désespoir financier. Coco l’oiseau a du « Care » pour les autres, et en même temps c’est le genre de cordonnier les plus mal chaussés d’être totalement aveugle à son propre potentiel, ou à s’auto-saboter. C’est jamais exprès, c’est jamais voulu, et ce qui me fait rire, c’est quand il a un moment de dispo comment s’occuper un peu de lui, l’écouter un peu, le sort de sa zone de confort à lui. J’ai l’impression d’avoir à faire à mon double sensible un peu moins accompli, et en même temps j’ai tellement de tendresse et d’un autre côté, hey c’est un mec, je vais pas non plus faire un cas d’un mec valide qui ne vit pas trop mal. Mais on a quelques atomes crochus, ou de gros points communs historiques et de proximité dans la manière dont on a grandi et on a été éduqués. Coco l’oiseau quand il pèche un peu, qu’il est en retard, n’a pas répondu à temps, s’excuse facilement mais sincèrement et tu sens parfois (une fois que tu as compris sa petite pagaille peu routinière de vie) comment à la fin il se fait plus de mal que celui qu’il fera jamais aux autres en se blâmant un peu de trop. C’est très récent comme rencontre et je ne sais même pas s’il y aura une suite, mais je peux dire que ça me détend beaucoup d’échanger avec, aussi parce qu’on a le même âge, qu’on a tous les deux un père immigré, un grand frère/sœur du même âge avec des différences similaires, et plein de petites choses comme ça dans nos parcours de vies pas supers lisses et faciles.

Une semaine plus tard, de retour du boulot un peu vannée, une fois après les routines et les obligations du soir, à 20h, je quitte tout mon costume social de travailleuse investie à son nouveau poste, et je me retrouve littéralement enfin libre de m’écrouler dans mon lit, démaquillée en sweat shirt XL de pyjama, en train de choisir sur netflix sur quoi je vais potentiellement dormir comme un vieux sac d’os. Et puis messenger pop up et c’est mon copain Soleil de passage par ici à l’impro qui me demande ce que je fais à 21h? Ma première pensée est de l’ordre qu’a priori je vais sombrer dans un profond coma de récupération dans les 30 secondes qui suivent, mais c’est Soleil. Mais et même si c’est soleil, je ne me dérangerais pas plus pour un boyfriend ou un.e ami.e sauf dans un cas d’extrême urgence et sous condition que la gestion de crise ne puisse dépendre que de moi. Mais c’est Soleil, et il n’est pas très loin, on peut aller manger. La semaine d’avant, si la banque ne m’avait pas fait mille tours de con tout le mois d’août (ce mois que je déteste parce que tout est prétexte à « Mais c’est août et y a personne pour s’en occuper avant septembre » d’autant plus vrai dans les administrations et ce genre d’institutions de mes ovaires) ne m’a pas permis de m’aménager le petit weekend avant prise de nouveau contrat que je m’étais prévu pour aller le voir entre autres et d’autres copinous sur place. (Si je ne finis pas mes jours à Nantes ou Bordeaux, j’atterrirai dans un trou Breton avec que des mémés qui me détesteront comme l’étrangère que je suis). Je suis emmerdouillée de ouf, mais je sens l’enthousiasme de Soleil et ça me fait tellement plaisir qu’il me sollicite bien que je sache que c’est entre deux feux de son job en déplacement et qu’il doit être encore plus vanné que moi que je n’y résiste pas. On mange franquette sur une terrasse de Belleville, et il me raconte un tas d’anecdotes de boulot que je ne connaissais pas, il est souriant et adorable comme d’habitude. On rentre un peu tard dans nos chambres respectives d’hôtel et d’appart, mais je ne suis pas en gêne en face de lui comme j’ai pu l’être quand je l’ai connu et joué de mille tours de force pour le garder en contact, c’est plutôt ma zone de confort qui est venue à moi quand j’étais moi même déçue de ne pas pouvoir lâcher Paris ces 4 jours avant la reprise d’un contrat à un autre, ça me touche.

Alors si c’est un peu long, quoi des zones de confort? Ne restez pas en repli total si et seulement si vous avez d’autres options et l’énergie nécessaires pour faire des petites tentatives de vous ressourcer ailleurs, j’insiste sur le terme total, je ne dis pas ne restez jamais en repli ou ne restez pas en repli tout court on a pas tous le même profil. La phobie sociale quel que soit le trouble auquel elle est rattachée ou même sans autre problème de fond, reste quelque chose qui est à prendre au sérieux. Faites des petits pas uniquement si vous le sentez, forcer ne sert à rien, on a pas besoin de plus de violence à se faire à soi que le monde nous en offre déjà avec un bel emballage cadeau et autant de bolduc comme leurre, il n’y a pas plus de honte à vivre en solitaire derrière un écran ou autre pour préserver sa bulle que de multiplier les faux pas sociaux parce qu’on a pas le conditionnement ad’hoc pour. Faites des gestes mais surtout restez vous mêmes, faites les pour vous, pas pour plaire à tout prix à qui que ce soit : vous ne valez pas moins que ce qui que ce soit qui que vous soyez, ne vous demandez pas la lune, prévoyez des issues de secours, des plans de secours B, C, D, Z, peu importe de deviser sur ce qui se passerait de génial ou de pire, on est parfois très reclus et surchargés en émotions, en informations, en événements qu’on a bien du mal à identifier ou réguler ou juste gérer, mais est-ce que nos internets, nos vies rêvées dans les séries tévé ou ne rester câblé que sur nos IR, nous procurent vraiment tout ce qu’on souhaite si on a de temps en temps quelques largesses pour sortir voir le monde? Ces moments de solitude et d’IR sont nécessaires et bien indispensable, dit la fille qui n’a pas pu écrire à souhait comme elle l’aurait entendu toutes ces dernières semaines et passe ce weekend là seule et recluse pour recharger les batteries et se mettre à jour, pour livrer bien à la même heure les mêmes jours de la semaine les articles qui elle souhaite en boosteront d’autres qu’ils soient diag, non diag, auto diag, phobiques sociaux de tout ordre ou chamallow harissa non binaires, qu’importe. Laissez vous emporter par vos capacités plutôt que par vos difficultés, n’en faites pas plus que ce que vous pouvez, ne sacrifiez rien qui vous manquerait plus tard, l’énergie, les cuillères, nous avons chacun notre package, dealer avec ses difficultés c’est chiant comme la contemplation d’un lièvre mort sur une autoroute, certes, mais tout package à ses points forts, et c’est ceux là qui portent, et bien pour ça qu’ils sont le pendant de toutes ces difficultés compensées. Ne vous privez pas non plus quand vous pourriez le regretter, s’il y a le moindre aménagement que vous puissiez mettre en place à l’aide de personnes référentes et sûres, ne vous gâchez rien. Gardez vos bons objectifs de réaménagements de vie en tenant compte de vos limites, et restez fixez dessus, no matter what.

Comme souvent, j’étaie avec mes propres expériences, que j’utilise en exemple, ils n’ont que cette vocation, je ne souhaite ni généraliser mon cas, ni imposer ma vision, ni culpabiliser ceux pour qui tout cela a peu d’intérêt ou présente trop de barrières insurmontables à franchir pour les dépasser à ce moment là. Je dis juste qu’en faisant des petites tentatives à son rythme et en fonction de ses possibilités, certaines choses sont possibles, et que tant que ça ne coûte rien de les tenter, il y a peu de raisons de s’en priver. Le monde t’attend dehors, c’est seulement si tu veux, et tu as le droit de fuir si ça ne te convient pas à tout moment. Par exemple quand je regarde les gens dans quel que lieu que ce soit, la seule expression que je peux leur prêter c’est l’hostilité, je sais trop bien que c’est lié à cette prosopagnosie légère, mais là aussi, petit à petit j’arrive à me souvenir que c’est lié au TSA et que je ne suis pas obligée de partir de ce postulat… ou de les regarder pour aller où je souhaite quand le cœur m’en dit.

En deuxième partie, je vais appliquer tout ça au travail…. J’ai mené quelques nouvelles expériences en utilisant divers outils on va dire pour arriver à mes « fins » dans le monde du travail, vu que pré-diag c’était aussi une des raisons de fond qui m’a amenée à consulter sur la présomption d’autisme que je pouvais avoir, l’impossibilité d’en garder un durablement à cause de la surcharge émotionnelle, de mes difficultés à communiquer, m’intégrer dans une équipe, faire valoir mon job quand il est bon etc et finir par partir parce qu’à la fin socialement c’est trop, et que je suis épuisée d’accepter d’être la mûle de service par manque de compétoches sociales quand Jean-Gontrand le mec valide blanc qui est cadre arrive à rien branler de sa vie tranquillou et se faire bien voir avec trois bons mots aux chefs de temps en temps et de bonnes excuses quand c’est pas fait à temps et tout un tas d’ordres à ses sous-fifres qui sont pas toujours pertinents sur l’organisation efficace du taf, ou que Muguette qui est à même poste arrive à se faire des journées de 6h en étant bien vue, ou de 10h en brassant du vent sur les 6 que nécessitent réellement son poste, et que toi qui rempile l’équivalent de 3 Muguettes en terme de charge, tu restes dans l’ombre, mal vue que t’es trop cheloue pour faire partie du club des bien vus, et qu’on te propose plutôt une baffe à la 50ème heure et deux à la 60ème, parce que t’as pas fini le dossier Truc qui de base a jamais été prévu dans les tasks de ta fiche de poste, dans l’indifférence générale.

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2 commentaires sur « Post diagnostic et acceptation : Comfort Zone vs Twilight Zone, se confronter au monde ou pas, et quelles stratégies pour gérer le normal ambiant bullshitting. 1/3 »

  1. Et là je me dis que t’es une sacrée Guerrière de la vie, une As(perger) de la survie, une Rambelle de la résilience… et que c’en est admirable, sincèrement. Et je me dis aussi que ton chien il a de la chance de t’avoir, et que certains de tes « amis », quant à eux, ne te méritent pas franchement…(songer à nettoyer la zone?) On verra ce que ça donnera à 45 balais, en espérant que le cynisme ne te mange pas toute crue d’ici là… En attendant, je t’adresse un grand M***E pour la suite, pour l’avenir

    Aimé par 1 personne

    1. Arrf je confirme actuellement je vois pas grand monde, mais bon y a les nouveaux aussi, et je suis focus sur le nouveau job je peux pas faire n’importe quoi tant que j’aurai pas bien lancé la chose! J’avoue aussi parfois j’envie qd mm un peu ceux qui ont pas ts ces trucs à dealer pour survivre! Bise *pas pressée d’en avoir 45 sauf si j’ai trouvé un truc pour taffer de n’importe où où je veux* ou plus besoin tt court en tt cas pas juste pour les sous.

      Aimé par 1 personne

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