La Grâce et le charme discret de l’exclusion insidieuse.

Et ce fut ma dernière semaine dans l’entreprise des temps modernes, « ouverte à toutes les cultures, les sexualités et sans aucune forme de discrimination »… Franchement pour des éducs’, vous me la copierez, celle là…

Quel bonheur d’avoir ce dernier week-end de trois jours avant la reprise, et le retour de notre formateur… Vous savez, celui dont mon binôme se foutait et du physique, et des vêtements et de l’aspect organisationnel de sa méthode de travail?… ah oui, et ses origines supposées, j’avais failli oublier ça…

Nous voilà donc mardi, et je prie que Binôme sera bien reposé et bien luné, surtout, même si je sais que je rêve un peu. Notre formateur est de retour, et déjà je lui fais le bilan de ce que nous avons pu faire ou non des tâches imparties en son absence, avec le gros aveu que ni mon coworker, ni mézigues n’avons eu une minute pour s’atteler à la facturation, qui devait être l’urgence primordiale à gérer au lieu de quoi nous avons pris des tâches au fil de l’eau qu’elles nous ont été confiées dans d’autres circonstances urgentes par nos managers. Pas de problème, tout va être désormais pris en main, on va être en formation le matin, et passer à la pratique les après-midis. Et ça me rassure beaucoup, parce que je me dis qu’enfin quelqu’un va voir ce qu’on fait ou non, et surtout vérifier qu’il n’y ait pas d’erreurs laissées de ci de là, nos managers étant aussi bien débordés de leur côté y compris à devoir prendre en charge certaines tâches des autres équipes. J’espère aussi que durant ces matinées, je vais souffler un peu des remarques incessantes de Binôme. Le soir, il y a une grosse soirée dans un lieu privatisé pour fêter diverses choses, chiffre d’affaires, levées de fond, partenariat etc… On peut venir accompagné et comme c’est la première, que Binôme ne vient pas, et que j’ai quelques copines fiables qui cherchent un nouveau job après de longues années dans la même entreprise, j’y vais avec ma BFF. C’est l’occasion aussi de rencontrer mes nouveaux collègues malgré le huis clos établi par la fausse connivence instaurée par Binôme. Et ça permet aussi, comme cela fait trois semaines que je suis dans l’entreprise, de pouvoir enfin un peu les approcher doucement. Le lieu a l’air cool, et j’ai vraiment hâte.

Je ne veux pas en faire trop vestimentairement, parce que le lieu est cosy, ce n’est pas le Lido ou l’Apicius, Casual Chic, je connais bien… Ça me rappelle même une entreprise croissante ou j’ai passé trois ans avec une politique similaire qui met en avant le confort du personnel tout en voulant maintenir une atmosphère détendue, valorisée par ce type de flatteries soigneusement entretenues:  soirées, goodies, divertissements divers, pots, petits cadeaux en tout genre… En arrivant, nous faisons le tour du propriétaire avec ma BF et je lui présente un à un les collègues avec qui je suis régulièrement en interaction, d’équipe etc. Tout va bien et nous n’abusons ni de l’alcool, ni des snacks traiteur exquis proposés toutes les trois minutes sur un plateau, par un service excellentissime.  Quoique bruyant dû au volume très fort de la musique et une véranda ou ça résonne beaucoup, je prends sur ma sensibilité au bruit, et je tiens le coup, certaine de m’écrouler de sommeil en rentrant, de fait.

 

On discute de ci de là. L’un de mes managers fait encore une drôle de tête quand je viens à lui dire bonsoir, et comme le reste, je ne relève pas. Lorsque je croise l’autre en revanche, qui est un peu embêté pour un petit souci familial personnel, j’essaie de le réconforter et je lui avoue enfin qu’il me fait beaucoup penser à un vieil ami que j’apprécie beaucoup… Ils ont la même intonation de voix, le timbre doux, la même carrure, il me fait promettre de trouver des photos pour lui montrer et je m’y engage, j’ai ça dans un de mes disques durs, assurément. On passe un autre moment en terrasse avec l’un de mes autres collègues qui a cette chemise en Wax qu’il met souvent et que je trouve magnifique, (j’adore le Wax), on plaisante un peu là dessus et on parle un peu de sport, ma BF a une pratique accrue des arts martiaux et j’ai fait un peu d’escrime, même si je n’ai pas eu l’occasion d’y aller depuis longtemps et que ça me manque beaucoup… Mais que j’ai besoin de quelques cours particuliers pour me remettre en train, et retourner me fondre avec les autres…

J’ai beaucoup de mal avec les prénoms, en particulier quand j’arrive dans une nouvelle structure et grâce à une légère prosopagnosie, associer un nom a un visage est parfois compliqué, alors cette fois, j’ai révisé et en ai retenu un maximum depuis mon arrivée en consultant régulièrement le Trombi.

 

Il y a ce type que je croise souvent en pause clope, qui fait partie de l’équipe technique, j’ignore à quel poste avant de vérifier le trombi, et il s’arrête nous demander un briquet. Je saute vraiment sur l’occasion, parce que la technique, c’est un de mes intérêts spécifiques, même si par manque de temps je ne pratique pas autant que je souhaiterais, mais c’est quand même mon bon vieux diplôme d’audiov’ et une sensibilité aux machines, et que depuis 17 ans que j’ai pratiqué un peu tous les métiers administratifs du front et du back office, qu’il s’agisse de gestion, de comptabilité ou d’appels d’offres… Le reste de mon temps libre, c’est bien ça qui m’occupe quand je n’écris pas. On m’avait présenté un autre grand gaillard de la Tech, quelques jours auparavant, mais je ne l’ai pas beaucoup croisé depuis, sauf en allant quérir de la bouffe vegan, un midi, et une discussion sur le fait d’aller voir sur internet qui sont les nouveaux arrivants dans les entreprises, pour se renseigner un peu. J’amorce la conversation ainsi pour savoir exactement ce qu’il fait, s’il passe ses journées à coder ou si c’est autre chose, et s’en suit un échange absolument passionnant et inattendu, sur les arts, les médias, les diverses manières de mener un projet avec des compétences transverses… Bref… Ce type de conversations précises, denses et riches donc on se remet à peine, parce qu’elles ont la magie de vous élever intellectuellement plus que mille brèves de comptoir, échanges  de vie quotidienne, gossips inféconds, conversations d’ordre médiatique et autres points météo et trafic routier…. Est-ce que ça dure une demie heure ou une heure, on ne sait pas trop… Peut-être que je coupe ou que je suis moins précise de mon côté ou que j’exprime un peu mal mes idées, mais c’est ça d’être asperger… C’est exactement ce type d’enthousiasme et de bouffée d’air pur qui nous stimulent la moelle épinière. Je crois qu’elle se termine par un long soupir, parce que le gars en question ne pensait pas non plus avoir cette discussion sur un briquet qui finit par plusieurs clopes, mais peut-être que là encore je me trompe, je ne sais pas. Dans le contexte et vu ce qui m’attend ensuite, disons que mon cerveau est aveugle… Enfin moins que celui de certains neurotypiqes (#notallNTs <3), j’en suis heureusement régulièrement assurée.

Ensuite l’heure tourne, j’ai rendez-vous à la mdph le lendemain pour ma RQTH, et il m’a été accordé une demie journée de télétravail. Comme mon rendez-vous est à 10h, ça revient à brancher l’ordi à 7h30 en même temps que la machine à café, pour traiter quelques tickets avant de prendre une douche sommaire, de filer à mon rendez-vous, de rebrancher l’ordi en salle d’attente et de d’enchaîner direct au bureau à vingt minutes à pieds de là, en allant strictement tout droit pour midi, ensuite, et écourter la pause déjeuner. Il s’agit de ne pas trop tarder même si la soirée est ouverte jusqu’à 2h00 du matin, je suis nouvelle et par politesse, ma maman m’a bien appris à ne pas se comporter comme des ogres, des gorets ou des petits morfalous en soirées demi-mondaines, qu’il s’agisse d’alcool ou de nourriture. De nouveau, je ne tiens pas à m’imposer alors que j’ai passé trois semaines un peu cloîtrée à absorber les états d’âmes forts critiques de Binôme, qu’il faudra encore endurer le lendemain. On décide de prendre un dernier verre avec ma BF, et cette fois on passe un dernier moment avec mon formateur, adorable, et contente de terminer par là avec l’investissement qu’il met  à nous former et à travailler là, tout court (plus de gens comme ça, pleaaase!). À un moment on danse brièvement sur Beyoncé sur le perron et c’est vraiment fun, et je suis contente d’avoir enfin cette complicité ténue. On se rassoie ensemble sur la terrasse, avec ma BF, on discute, je retourne danser le Mia sur une seule chanson parce que c’est vraiment l’occasion de ne pas l’avoir entendu depuis au moins le début des années 2000, je reviens et continue de discuter. Mon formateur file des clopes à ma BF, à moi il en reste 2, parce qu’on a partagé mon paquet tout du long, et en rentrant on se fait raccompagner par l’assistant en logistique, celui que Binôme méprise à tout bout de champ alors qu’il se démène à nos menues demandes de fournitures et d’autres trucs. On rigole encore beaucoup en chemin, et on se quitte, un peu contentes d’avoir passé cette douce soirée hors du monde, au service millimétré dans un lieu décoré avec le souci du détail. En vrai je suis super MÉGA heureuse à la sortie…. et je m’endors avec de doux rêve et de beaux projets pour la suite, déjà hâte du séminaire qui arrive dans les quelques semaines où continuer à se connaître, même si j’ai le trac de laisser le chien, devoir partager une chambre et passer 4 jours en dehors de mes pénates, seule, en l’entreprise et sans collègues amis, ce qui a encore le temps de changer d’ici là.

De retour de mon rdv à la mdph, le lendemain, j’envoie un message à mes collègues, ne sachant pas dans quelle salle se trouve mon formateur, Binôme m’envoie un sms pour me téléguider. Quand j’arrive, le formateur n’est pas là et à son retour il m’explique qu’on va enfin s’atteler et prioriser la facturation. À treize heure, quand nous revenons à nos bureaux et qu’on a eu un dernier brieffing sur le process de factu, mon binôme se lève sans un mot, et part j’ignore où pour la pause déjeuner. Je le laisse tranquille, je ne cherche pas à en savoir plus, en sachant qu’il jeûne, et je pars quérir mon miam chez un sur-le-pouce Vegan de proximité pour ne pas tirer sur la pause déjeuner et prendre enfin à bras le corps cette facturation suspendue depuis trop de semaines. Quand Binôme revient, il me demande comment on fait malgré les explications d’il y a une heure et tandis que je commence à lui expliquer, il me coupe, me sort une procédure différente, pendant cinq bonnes minutes, je le laisse terminer et marque un blanc pour être certaine qu’il en a fini, et je lui ré-expose le process le plus logique, à savoir d’abord vérifier que tous les éléments sont sur la ligne du tableau général, puis les documents dans le dossier concerné et si ce n’est pas le cas les y ajouter et/ou faire ou compléter les tableaux de présence, ensuite vérifier sur l’accord de financement les documents nécessaires à obtenir notre règlement, les produire et attendre le retour de signature, et enfin compléter l’autre tableau de facturation au mois par mois. L’idée étant qu’il faille impérativement sortir 20 factures avant la fin de semaine, pour combler le manque des trois semaines précédentes. Binôme grommelle un peu. Il préférerait qu’on fasse une ligne par une ensemble pour démarrer. Je lui rappelle que c’est urgent, et qu’il n’y a rien de tel que de pratiquer la même tâche pour en acquérir le savoir faire, d’autant que le formateur nous a demandé à l’issue de pouvoir estimer combien de temps nous prendra chaque ligne en moyenne compte tenu que le processus est long. Il rumine encore un peu alors je lui propose d’en faire trois tout seul au maximum et qu’on vérifie ensemble juste après pour le mettre sur les rails et continuer la suite seul, si ça peut le rassurer. Il accepte de mauvaise grâce avant de m’exprimer ceci « Je ne suis pas sympa avec lui depuis une semaine« … Je lui demande alors ce qui lui fait penser ça, parce qu’il me semble en avoir déjà parlé, et m’être excusé la fois où je lui ai fait une plaisanterie volontairement exagérée pensant qu’il rebondirait et qu’il comprendrait puisqu’on blaguait depuis cinq bonnes minutes déjà et que ça restait dans le contexte, il me répond encore que j’ai des idées malfaisantes à son encontre… J’en reviens à peine. Déstabilisée mais faisant mine de rien pour ne pas lui donner plus de grain à moudre, je lui réponds sur un ton léger et malgré la lourdeur de son intonation de reproche, que tout ça est dans sa tête et qu’il devrait savoir depuis le temps que je ne nourris pas d’arrière pensée spécifique et souhaiterait juste qu’on maîtrise bien notre poste pour avancer. (Imaginez si je lui avais dit que « j’en ai marre que tu dises des horreurs sur tout le monde en tout temps, là où justement on est en plein open space »). Il ne m’adresse de nouveau plus la parole de l’après-midi, et au bout d’une heure, passe à une autre activité de suivi d’un  autre projet qu’il maîtrise mieux, après avoir beaucoup soufflé et soupiré. Pendant ce temps je m’affaire et constate que si c’est long, c’est relativement fluide, j’arrive à compléter pas mal de lignes et y ajouter des tableaux de présence manquants dans certains dossiers, j’obtiens aussi des signatures, et je me dis que la mission des 20 factures sous 48h est largement tenable, donc je tiens ma concentration au maximum, je commente quand je bute sur un point en prévoyant de le voir avec notre formateur, et j’apprécie d’enfin savoir où je vais au lieu de travailler à la tâche en passant sans arrêt du coq à l’âne sur instruction et sans pouvoir toujours en terminer une qu’on a démarré comme ce fut le cas les semaines précédentes. Mon manager m’interrompt en fin de journée pour un entretien en privé. J’embarque mes cigarettes puisque je comptais de toute façon faire une pause.

Je le suis dans l’une des cabines pour passer les appels en privé de l’étage en dessous, et savoir ce dont il est question.

 

Il m’annonce les choses ainsi :

 

« Bon, il faut que tu saches qu’actuellement et avec les jours fériés, je ne peux pas t’évaluer parce que vous êtes encore en formation, et que de fait il va me falloir plus de temps donc on voudrait vraiment renouveler ta période d’essai d’un mois et prendre une décision après ».

 

Là je ne conteste pas, qu’en effet, entre les congés de notre formateur et la formation de 3 jours initiale que nous avons eu à notre arrivée en découvrant à la fois les outils et en ne voyant que la partie théorique de l’unique tâche de la facturation parmi d’autres, toutes les formations au fil de l’eau à la fois sur l’utilisation des applis de l’intranet, les réunions, et jours fériés, je comprends tout à fait, et je ne peux m’y opposer de toute façon. Même si globalement, et ça je ne le précise pas, pour tous les petits moments que j’ai pris chez moi à étudier un peu tout ça le soir ou le week-end, et le matin avant l’arrivée de mon binôme ou juste cette simple après-midi, je ne m’en fais pas trop sur mes compétences, après tout j’ai éprouvé des métiers bien plus complexes avant tout ça avec ou sans équipe et qui mêlaient tellement plus d’intervenants que tout ça m’impressionne très peu… Toutefois je me rappelle dans la foulée de la dernière réunion d’exploitation, où notre Directeur, nous fait état lors d’un stand up de renforcer l’équipe juridique comme un besoin foncier, et en fouillant rapidement dans ma mémoire de mammouth des tâches exécutives déjà produites dans mes précédents job, j’émets un doute sur le fait que l’on puisse renouveler ou prolonger du double une période d’essai d’un mois en CDD, surtout à date d’échéance sans être prévenue avant, et qu’à moins que ça ait changé depuis les lois El Komri, je l’invite à vérifier pour ne pas commettre d’impair, parce que si cela devait se reproduire par la suite et que j’avais raison, juridiquement il suffirait d’un employé à qui cela arrive pour lancer un ou plusieurs prud’hommes quand on sait qu’il est prévu d’embaucher une cinquantaine de personne d’ici septembre et encore la même chose les six mois qui suivent, dans la même précipitation et d’urgence des tâches qui ne sont pas à jour, et d’embauche pour pallier besoin de l’entreprise. QUE N’AI JE PAS DIT, BORDEL DE SHIT.

GROS…

…YEUX.

 

Le manager me fait encore les gros yeux, comme si je venais d’étouffer un petit chaton et une fois de plus, je ne comprends pas pourquoi. Sur le coup je ne pense même pas que cette remarque est ostentatoire, puisqu’on dit vouloir faire les choses correctement et prudemment et renforcer l’équipe juridique pour ne pas commettre d’impairs parce que jusque là on était un peu lacunaire de ce côté là, dixit le big boss, et le manager lui-même, et je crois même leur rendre un menu service en le lui précisant… *What a Quiche Lorraine !*…

 

Comme on en est déjà là, je lui parle des rapports difficiles que j’ai avec Binôme, je lui précise que je n’ai pas hyper envie de lui donner les détails sur les critiques qu’elle fait en permanence sur l’équipe, lui y compris (encore moins de lui sortir en pleine poire làmain’antoussuite qu’il trouve qu’il ressemble au sorcier du dessin animé les Schtr….’ et lui en veut à mort de devoir attendre d’avoir fini sa période d’essai pour profiter du télétravail alors que c’est bien écrit dans le contrat), et que le plus compliqué, c’est quand même ses accès de mutisme et autres bouderies immatures et le fait qu’il semble me nourrir beaucoup de reproches sans savoir expliquer clairement lesquels, sauf le fait que je ne lui obéisse pas au doigt et à l’œil et que je ne pense pas toutes les choses négatives que lui s’autorise au su de tous à penser sur les autres. Il me propose alors une réunion la semaine suivante pour en parler et régler cette affaire. Je réponds ravie que je reconnais la politique de la boite sur ce sujet là aussi puisque je l’ai bien assimilée avant mon entrée, étant donné qu’il y avait même un cours sur le sujet. Qu’ il s’agit dans ces cas là d’organiser une discussion avec une personne neutre pour régler les malentendus, et comme d’un coup j’en ai GROS et que ça fait remonter tout ce que j’étouffe par instinct de survie depuis un mois déjà, j’ai presque les larmes aux yeux mais je me retiens la larmichette, précisant que j’ai déjà fait les frais de harcèlement au bureau, et que j’ai peur que ça recommence, que c’est pour ça que je préfère lui en parler pour régler ça parce que je constate aussi que tout le temps passé avec Binôme m’exclut littéralement du reste des membres de ce club dont j’ai super envie d’être un membre officiel et depuis le début de cette relation consentie partie un peu trop vite en sucette, d’en passer un peu avec les autres aussi pour raison d’intégration naturelle au paysage urbain… Enfin, tu vois l’idée. Le tout très tactuellement, corparatement, calmement, et sans méprise ou animosité. Et je crois bêtement avoir été entendue, mais ma naïveté ne s’arrête pourtant pas là, quand je mise toute ma foi dans ce manager que je pense alors sincère… et juste… et là sûrement il aura fallu que je m’enfourne tout le bras dans l’œil plutôt qu’un seul doigt.

 

Il évoque à son tour mon franc parler, quoi que je fasse des efforts, modère et explique bien mon propos à chaque fois que je vois venir l’ombre de ses GROS YEUX, qu’on me prête déjà tout un tas de trucs sans bien me connaître, fondés sur des a priori, et que certaines plaisanteries ne passent pas, je lui explique qu’à mon précédent job, les gens s’exprimaient sans filtre et ne se vexaient pas pour autant, je détaille pour qu’il comprenne, et promet de faire des efforts, signalant que j’ai justement très hâte de la formation de PNL qu’on va bientôt faire sur le sujet, de même que je suis en train de lire le livre offert à notre arrivée qui en traite, et qu’en somme si j’ai parfois du mal à m’exprimer, sans préciser que je suis Asperger, parce qu’à ce moment précis je ne souhaite pas qu’elle le prenne comme une excuse ou une carte de visite qui résumerait mon identité, j’aimerais la rassurer sur le fait que l’entreprise est super, que je me donne déjà à fond, et que j’espère m’adapter au mieux de jour en jour même si parfois j’ironise un peu pour alléger les choses, sans oppresser qui que ce soit… Conclusion, soit et tant mieux, raison de plus pour prolonger d’un mois… « Ce n’est qu’une formalité… Pas le genre de  la maison  de mettre les gens dehors comme ça… « On veut que tout le monde se sente bien ici »… … … … … … …

 

Politique… Vous avez dit, politique?… Retenez bien ce mot jusqu’au prochain paragraphe…

 

Je rentrais un peu déçue, et je me demandais vraiment ce que valait cette proposition de renouvellement, quand la veille encore, il était question de passer en CDI  ENCORE plus tôt que prévu ou même d’évoluer en poste plus tard avec le chargé de recrutement ou l’autre manager, ENCORE plus vite que prévu aussi avec les 50 nouvelles ouvertures de postes qui se tramaient. Du reste, je m’entendais super bien avec la personne en charge des recrutements, justement, et on parlait encore le matin même des séries netflix qu’on suit, mais peut-être que c’était aussi faux que le reste, je ne sais pas, je n’espère pas, parce que je la trouvais vraiment chouette. Quand je rentrais et par réflexe de défense au cas où il se trame quelque chose que je n’ai pas vu venir sous la conjoncture astrologique du Trigone Renouvellement-de-période-d’essai-en-CDD + Manager-Gros-Yeux-Réprobateurs + Binôme-et-ses-embrouilles, et parce que clairement après vérification, les règles de l’art autant que les lois n’autorisaient ni ce type de renouvellement en CDD ni ne permettaient de me congédier sans la moindre procédure, je faisais un petit mail sympa, en envoyant les liens de mes découverte et signalait le délai de prévenance échu… qui logiquement supposait soit la poursuite de mon CDD soit sa transformation en CDI qui autorisait alors le prolongement de période d’essai tant escompter tout en pouvant me virer si nécessaire dans un mois de là, dans les même conditions que le feu-CDD d’avant. C’était légal, ça ne changeait rien à l’affaire et ça arrangeait tout le monde.

 

Le soir, avant de me recoucher, je repensais à mon binôme d’infortune, et ses comportements… et en écumant les internets, je tombais sur le profil type du manipulateur et/ou du pervers narcissique… Comment j’allais dealer avec ça sur le long terme, et surtout comment répondre à toutes ses sollicitations nuisibles pour le garder à distance et que ses tentatives de me descendre n’aient plus d’effet, au cas où elles en aient déjà eues auprès de mon manager ou que la même bile que pour les autres ait été usée quand j’avais le dos tourné pour se mettre à son avantage… Je m’endormais avec la conviction qu’en restant calme, patiente, souriante, polie et débonnaire, comme je l’avais été jusque là, je saurai désormais quoi faire en réponse à ces petites phrases assassines ayant pour but de me faire douter, ou me justifier là où je n’aurais jamais dû à le faire, et certaine que ça ne serait plus ainsi. Encore plus motivée que la veille de retourner travailler avec lui, en sachant quoi répondre tactuellement en cas de nouvelle tentative de déstabilisation et autre bouderies. Je n’ai pas été contredite… Ça ne s’est effectivement plus passé du tout comme ça, vu que j’ai été remerciée le lendemain d’assez bonne heure, un peu comme un chien qu’on accuse d’avoir la rage pour s’en débarrasser, et ça non plus, je ne l’ai pas vu venir.

La veille, j’avais appris une excellente nouvelle aussi, malgré la proposition gênante du renouvellement illégal de période d’essai de CDD à son dernier jour, c’était qu’en tant qu’employée de l’entreprise il était possible de suivre un parcours de formation tout en conservant son poste à un tarif plus qu’avantageux malgré que Binôme stipulait que ça devait être strictement interdit et qu’il était mieux placé que quiconque pour le savoir puisqu’il avait de l’expérience dans les formations pour adultes et leur fonctionnement interne… Une motivation de plus pour faire un bon contrat. Je me lançais dans la suite de la facturation de la veille, à 8h30, je repassais sur les lignes déjà faite et les corrigeais au mieux. À 9h30, binôme arrivait sans prendre la peine de me dire bonjour, et plaçait entre nous un porte dossier marquant la frontière de nos bureaux pour une nouvelle matinée mutique… Ce à quoi je ne réagis pas, espérant que ça lui passe et que nous en discuterions plus tard ou que notre Manager trancherait la question comme il en était convenu la veille.  À 10h, le même Manager me proposait un nouvel entretien. Cette fois ci pas la peine d’explication supplémentaire, lorsque nous nous asseyions une nouvelle fois dans le bocal, et entendant le ton morne qu’il commençait à prendre je lui lançais, légèrement et avec le sourire, pour désamorcer la sentence :

« —Bon, tu veux me dire que je suis virée de la boite , c’est ça!?« 

…malgré qu’intérieurement je n’en menais pas large et que j’essayais juste de garder le peu de dignité qu’il pouvait me rester dans une pareille situation… Et lui d’enchaîner :

« — Tu vois, c’est exactement à cause de ce type de phrase, que je suis convaincu de ma décision ».

 

Là c’était le choc, au cas où il m’aurait annoncé n’importe quoi d’autre de plus acceptable, comme un autre poste à combler… Mais non. L’exclusion pour signalement de contrat illégal retourné sur l’attitude du « donneur d’alerte ».

Une nouvelle fois je demandais des explications, et je sentais l’étoffe tissée de mensonges de ses fausses raisons, passé du fait que la formation intercalée de fériés ne permettait pas de m’évaluer, et que soi-disant mon comportement et surtout celui de Binôme venait finalement de m’être imputé. Après tout, j’avais déjà vécu le même genre de process (dans les règles cette fois) au sein d’une grande banque où j’avais éclusé 9 mois de travail en retard en 3 semaines avec un binôme cool et méga désolé autant que sidéré, et qui constituait une sévère menace pour la prime au rendement des autres copines). Là où dans le même mois échu, j’avais vu des personnes claquer la porte ouvertement en colère après un autre manager, d’autres à cran s’en prendre à Binôme ou moi jusqu’à ce que nous les remettions à leur place grâce au fameux outil de suivi, ou encore un autre manager au bord de ses nerfs, le rouge au visage, contenant tout de manière lisible en lui pour ne pas exploser ou fondre en larmes devant la montagne de taf à abattre après quelques erreurs de démarrage dans le lancement du projet. Mais voilà que j’héritais d’un comportement répréhensible d’être restée sourde à ces débordements, tactuelle, avenante, polie, légère et confiante, d’avoir gardé le sourire comme je pouvais et tenté à chaque essai de me diminuer de Binôme et alléger ses lourdeurs… Tout ça pour avoir refusé un contrat hors norme.

 

Elle me demandait si je souhaitais l’annoncer à l’équipe, et je répondais que non. Pas dans les conditions dans lesquelles ça se produisait. Pas après avoir signalé les comportements hors norme et m’en voir subitement affublée. Pas dans cet état d’humiliation. Avec d’autres mots encore bien corporate et affables, jusqu’au bout de l’éducation que j’ai eue à ne pas me confondre dans le pathos, même quand il y a plus que de quoi. Ma sensibilité avait déjà suffisamment été  écrabouillée pour ne pas en plus marquer qu’on venait tout juste de sauter dessus à pieds joints sans le moindre amortissement de mes petites côtes flottantes et finir de m’écrouler piteusement. Je me débattais encore comme un beau diable, et lui parlais encore de Binôme, et de bien réfléchir à ne pas s’être trompé de laronne, en vain. Et que s’il changeait d’avis ou avait un autre contrat, même en mission, à me confier, à un autre poste, même plus tard, j’aimerais encore faire partie de l’équipage. Intérieurement j’étais effondrée et il fallait encore que je « patiente » jusqu’à la fin de la matinée pour récupérer les documents de cette rupture abrupte et prématurée.

Tant pis, je ne disais rien et remontais sagement, après avoir repris mon souffle en pause cigarette, les larmes aux yeux. De retour là haut, j’envoyais un message via la messagerie interne à mon formateur pour lui faire état de la situation et le remercier de ses bons traitements. Il était désolé pour moi, et ne m’imposait pas la formation prévue initialement dans notre nouveau planning tant attendu pour enfin avoir un bon roulement en poste. Je traitais donc de nouveaux tickets incident, pour lesquels je savais que Binôme n’avait pas une folle passion et les laissait changer de pièce pour que Binôme poursuive la sienne. Jetée comme une malpropre.

Le temps de rester là tournait au ralenti malgré mes occupations de régler au mieux ce qui avait été entamé les jours précédents pour me laisser mettre de côté au plus la cruauté de la situation, plus tard, avec la honte imposée en bandoulière que ça ne prenne pas fin plus vite, vu ce qui était déjà. Pendant ce temps, l’équipe plaisantait comme toujours sans savoir ce qu’il venait de se dire plus bas,  et ça m’était douloureux, de savoir que c’était quelque chose que j’allais quitter aussi, les rires, dans notre dos, et leurs conversations sympathiques dans l’open space. À 11h30 les documents n’étaient pas prêts, à 12h non plus. À 12h15 Le manager m’envoyait un nouveau message pour me dire de revenir encore l’après-midi… Pour que le malaise soit comble.

 

La boule au ventre de l’incompréhension. Le sentiment d’Injustice. Le rejet sans scrupule ni ressentiment. L’exclusion arbitraire sur des raisons infondées. Bienvenue dans ma vie d’aspie.

 

Je comprenais aussi  que le fait que je montre tant de hardiesse à vouloir gérer tous ces dossiers et facturations de retard avaient pu être pris comme une menace, pour ce manager, qu’à terme, oui, j’aurais parfaitement été capable de gérer tout ça, même seule, et même de manager une petite équipe avec des règles logistiques simples et fiables, que ces surcharges ne représentaient pas grand chose au regard de ce que j’avais pu traiter dans d’autres entreprises, et d’autant plus simples à traiter ; qui plus est. Quant à l’autre manager, celui qui était cool et qui me faisait tant penser à un ami de longue date, il était désolé pour moi, autant que ceux à qui je l’annonçais en les croisant, encore sous le choc, étaient aussi sidérés que moi que cette hérésie non méritée et sous-tendue par du rien me tombe sur le coin de la figure.

Je partais déjeuner chez moi et promener le chien à ma pause déjeuner, puisque j’étais encore invitée à revenir à 14h pour mes papiers de rupture. 14h étant l’heure de la reprise il était évident qu’ils ne seraient pas près, ce qui me fut annoncé également d’attendre encore 10 minutes, de préférence à l’extérieur, pour me rédiger un document de sortie rapport aux assurances… Je me suis demandée si à ce stade là des différentes erreurs commises depuis la veille pour me foutre à tout prix hors circuit, il ne valait pas mieux pour eux que je me fasse écraser, étant entendu que me faire revenir après la matinée déjà humiliante passée à attendre que ces maudits papiers injustifiables et sur lesquels je devais encore m’attendre à la moindre tentative de masquage des dites conneries, soient prêts… Je redescendais donc encore une fois vapoter le temps que ça se passe et de bien sentir le couteau remuer dans la plaie, une dernière fois depuis la veille.

 

Je croisais de nouveau un collègue, celui là que Binôme méprisait parce qu’il était en charge des fournitures et de diverses maintenances logistiques, comme assistant de direction, avec qui nous avions passé un moment en quittant la soirée, l’avant veille. Il me demandait comment ça allait avec son beau sourire habituel et avenant… Et je lui répondais comme quelqu’un qui vient de se faire licencier… Ce qui était le cas puisqu’il n’y avait pas de motif lié à mes compétences vu que j’étais en formation. Il était sidéré et y croyait à peine, me répondant : « Naaan??? Mais non » pensant que je plaisantais… et que je lui faisais le signe par l’affirmative, que si, si… Il me disait que ça ne pouvait être qu’un malentendu, que j’étais une fille cool, qu’il l’avait bien vu et constaté au fil des jours. Je lui expliquais sommairement les rapports avec Binôme, il me disait qu’il confirmait son mépris et qu’il n’était pas premier pour le saluer, ou passer devant lui sans un mot, là où les bons rapports devaient être de rigueur. Il proposait aimablement d’en toucher un mot aux RH, mais je refusais, sous couvert que je n’aurais pas voulu, vu l’arbitraire dans lequel j’étais confondue, qu’il ait lui aussi des ennuis. De même que l’échange de nos numéros… avec la tristesse que j’avais à refuser. Cœur sur toi, merci pour ton soutien et ton sourire bienveillant.

 

Je devais remonter et j’ai alors croisé mon formateur. Qui me demande si je veux en parler. Brièvement, je lui fais état de ma déception. Et je sais qu’il comprend bien des choses et fait sûrement aussi partie de ces personnes fort résilientes qui endurent beaucoup sans se plaindre de trop. Quand je lui parle du syndrome d’Asperger il comprend tout. Il sait exactement de quoi je parle, m’évoque même une autre personne qui n’est pas restée longtemps, à cause des stimuli sonores. Je ne veux présumer de rien, mais si son traitement a été aussi rapide que le mien, et que l’entreprise n’ a pas été capable de placer cette personne dans un endroit silencieux, ou d’accepter qu’elle utilise un casque anti-bruits ou prenne des pauses, au calme, ça en dit long sur le traitement de la neurodiversité et de leur ouverture supposée à la fois au handicap et à l’autisme… De manière assez inattendue, me prend même dans ses bras et moi qui ne suis pas très tactile hors cadre de relations plus intimes, je l’accepte volontiers, ça fait même du bien, d’avoir la compréhension d’une seule personne, parce que c’est tellement rare de pouvoir être entendu par quelqu’un qui a le mode de pensée de la grande majorité, que c’est notable et bien précieux pour se remettre sur pieds. Quand je remonte, je dois signer une dérogation qui précise qu’un jour de délai de prévenance n’est pas respecté et que j’en recevrai la différence sur mon solde, or c’est bien les 2, puisqu’il faut compter en calendaire. Mon manager proposera encore que je fasse mes adieux aux autres, et je lui explique, encore au bord des larmes, que peut-être j’ai bien eu ma dose d’humiliation entre le matin et l’après midi. Je laisserai tout sur mon poste de travail. L’ordi confié, la pochette, le petit stylo aux oreilles de lapin offert, le mug thermos, et le carnet format moleskine, et la pieuvre hub de l’ordi aux  sigles de l’entreprise qui rend le dialogue inaccessible. Tondue. J’ai lavé le sweat-shirt siglé aussi… Je prends toujours du L, parce que j’adore les sweat-shirts trop grands, c’est doux… Je pense le filer à un SDF du coin,  il est bien doux, bien épais et il a des poches et une grosse capuche, parce que vu que j’ai passé deux jours troublée, et autant de grands renforts de tous mes copains et leurs petits mots de soutien et de compassion, aussi sonnés quand je leur ai annoncé ce départ forcé et précipité inattendu, je ne peux pas le voir plus longtemps sur le sèche linge. Ce sera sûrement pris comme une nouvelle ostentation de la boite, pas moins que celle qui anéantit les espoirs, les rêves, d’une meuf pleine de bonne volonté qui a révisé sa copie avant de venir, passé 11 certificats en 15 jours chrono sur leur site pour montrer qu’elle est cap’ et rêvé de faire cette formation là et pas ailleurs et de faire un bon job, sans masque et sans hypocrisie… Mon ancien prof de philo avec qui j’ai gardé contact était atterré aussi, lui à qui je vantais la boite pour que son fils qui est dingue de code et surdoué, y passe lui aussi une formation post-bac.

Quand je remonte, j’ai croisé la directrice des ressources humaines café clopes en main, qui passera devant moi dans l’immeuble, en m’évitant soigneusement, et détournant le regard à mon approche de la porte, se met carrément de dos. Quand je signerai la dérogation qui m’autorise à rentrer chez moi, comme c’est noté en toutes lettres, parce qu’on a pas le temps de faire mes papiers et qu’on me les enverra par RAR plus tard, elle aura la tête penchée dans les mains sur son clavier, pendant que je m’adresse à son adjoint en face, qui me bobarde à la figure qu’on ne peut pas faire mes papiers et virer mon solde à cause d’un bug de l’application… soi-disant. Quand je rentre, de bug d’application, il n’y a pas de trace et j’ai bien accès à mon compte salarié sur l’application dédiée.

Il y a le gars cool avec qui on discutait à la soirée dos au bureau RH, juste à ce moment là,  qui part quand il entend nos échanges. L’adjoint peine à masquer sa gêne et le mensonge qui va avec, je ne m’attarde pas d’un au revoir, un « allez! » soufflé comme « à une prochaine » suffit, que je n’ai pas besoin d’en entendre plus, je tourne les talons et passe la porte pour la dernière fois. Quand je rentre, je ne tarde pas trop, et je fais un mail au Directeur pour lui expliquer les circonstances du départ. Lui qui mise toute cette confiance dans ses équipes, et ne constate jamais de visu la réalité de ce qui se passe dans sa chapelle. Le comportement du binôme sans en rajouter, le déroulé de tout ça, en bien plus condensé qu’ici, Asperger, le renouvellement pour cause de ne pas pouvoir m’évaluer en période de formation. C’est un peu long quand même, mais il s’agit d’être précis et de ne pas encore me faire taxer de j’ignore quoi, rancœur ou procédurerie outrageuse… Je mets tous ces messieurs dames des ressources humaines en copie ainsi que mon manager en tendant une dernière perche pour obtenir un rendez-vous avec le boss, j’enverrai par la suite la proposition de renouvellement de période d’essai faite par e-mail, marquée noir sur blanc et la première réponse que j’y avais fait en espérant encore ridiculement que « plus haut » ils aient quelques états d’âmes par rapport à la politique de ce qu’ils préconisent menée en sens contraire en moins de 24h, et quelque conscience professionnelle … Je fais partir tout ça de très bonne heure le lendemain, réveillée encore sous le choc à 6h43, comme si j’allais bosser et le souffle coupé, après le dégel de ce petit traumatisme supplémentaire, après m’être relue à tête reposée. Je recevrai en retour un dernier mail du même manager, 4h plus tard, qui m’a remercié manu militari sans scrupule ni état d’âme, qui résume en quelques sortes ceci :

« C’est ok que tu aies asperger, et je ne suis pas tenue de dire pourquoi je brise le contrat puisque tu étais en période d’essai. On est des gens super open sur la neurodiversité mais je vais te le dire quand même, vu que tu insistes : tu es une personne négative qui a fait état de beaucoup de frustrations et ce n’est pas notre politique, par ailleurs, les tâches étaient trop complexes pour toi ».

Traduction : je rebondis sur le fait que tu sois aspie pour te traiter d’incompétente  et t’accuser de mauvais esprit et d’inadaptation et autre mauvaise volonté en espérant que la pilule passe pour ma gueule si le patron me pose des questions et en sachant qu’on est plusieurs fautifs dans cette affaire mais qu’on est trop fiers pour être désolés ou corriger nos mistakes, qu’il faut donc qu’on se serre les coudes pour te descendre vis à vis du DG… Là je tombe des nues. Je demande toutefois, en restant neutre et leur souhaitant une excellente continuation quand même, d’être plus spécifique, et bien entendu je n’obtiens pas de réponse et c’est sûrement mieux parce que ça les aurait enfoncé encore plus.

Je recevrai mes documents de fin de contrat une semaine plus tard, après avoir encore fait un mail pour rappel qu’ils sont dus et attendus depuis le jour de la rupture prématurée de la période d’essai. Sans détail des nouvelles faussetés qu’il comporte, (et que je reçois en retour, un autre mail de la DRH qui se plante de destinataire) de fait qu’il y en a déjà assez plus haut… Même s’ils sont encore à charge contre et appuient le non respect du reste de la procédure… et quelques nouvelles découvertes entre le brut annuel du contrat et celui du salaire mensuel sur la dernière fiche de salaire. Mais si j’avais besoin de savoir comment foirer une procédure de A à Z, avec toute ma négativité, ma frustration et mon incompétence supposées, je saurai à qui m’adresser une prochaine fois dont je ne rêve pas. Un robot avec des algos pétés n’aurait pas fait pire, là où la machine à l’enveloppe humaine cache un organisme complètement déshumanisé.

 

Le pire c’est que je me suis encore remise en question sur le critère de « négativité » (d’incompétence non, ça risque pas demain… vu ce que j’ai rapporté à mes boites précédentes sans demander mon reste) exposé plus haut… En m’adressant à mes amis, dont certains anciens collègues, amis aspies, et amis de longue date tout court, et connaissances plus récentes (panel représentatif, s’il en est)… eux aussi sidérés de la situation  et des conditions dans lesquelles l’entreprise m’a mis pour palier à ses propres manquements et me les coller sur le dos pour se couvrir encore…. Que penses tu qu’il répondent en sachant tout ce que je me démène que ce soit chez moi ou au travail pour avoir bossé ensemble,…. NON, je ne suis ni négative, ni frustrée, déso mais pas déso (et je vous ferai état de mes orgasmes un autre jour, parce que je vous brutaliserais sûrement encore, vue de votre fenêtre, si vous saviez comme j’ai pris mon pied dans ma vie, que ce soit dans mes relations, au taf, ou juste en matant des p’tites étoiles en chemin). Et je demande le cas échéant de me l’argumenter, et mes potes m’expliquent gentiment et chaleureusement qu’ils n’y a pas d’arguments, puisque ce n’est pas le cas. Au sommet de la malhonnête, détruire un peu plus… Gratuitement, celui qui vient tout juste de révéler sa vulnérabilité en cherchant à éclaircir la situation.

 

De fait, je ne vais pas argumenter plus, parce que les gens comme moi se connaissent mieux que la majorité de ceux qui se questionnent, en particulier post diagnostic, ou une fois arrivés là, tout a déjà été examiné à la loupe avant, en règle générale, en tout cas dans mon cas, où exprimer certaines pensées qu’une semaine plus tard j’ai eu largement le temps de digérer, il serait facile d’analyser de plus près, parce que je ferai encore un beau cadeau d’expliquer ce qui dysfonctionne à des gens qui font peu de cas de l’humain et le prouvent de manière concrète par des actes qui ne sont pas tant à l’honneur de l’image qu’ils veulent se donner…

 

Mais pour conclure, par exemple en CNV (pour communication non violente), tout est question d’empathie pour résoudre les problèmes, et d’écoute. Et non seulement que j’ai été jouée d’un beau PN et que l’entreprise a fermé les écoutilles sitôt que j’ai enfin eu l’occasion de le signaler, mais que ce manager et ce top management supposés justes et bienveillants, ont eu la pratique exactement inverse de la politique qu’ils préconisent. Stigmatisation, discrimination, et refus de prise en compte d’un signalement de harcèlement, même s’il sera difficile de le prouver vu le peu de temps passé et sûrement le silence de tous les autres. En d’autre terme, déresponsabilisation des Hauts Responsables.

 

Évidemment, je n’ai reçu aucune réponse du Directeur à qui s’adressait mon mail initial,  d’où mon besoin d’exposer les faits ici, même si je précise que j’en attends toujours une en répondant à mon tour au manager d’être spécifique sur ses allégations et que si demander à faire mieux et plus relève d’une forme de frustration et de négativité alors autant pour moi, j’ai du me tromper d’échoppe. Soit une forme de mépris supplémentaire, et je ne peux pas non plus conclure à une moralité où je conseillerais à quiconque de signer des contrats irréguliers dans un cas similaire, souvent ces incidents sont bien représentatifs d’un fonctionnement plus global et il n’y a rien à regretter, même si apparemment il vaut mieux ça que risquer de demander une simple correction ou un changement de contrat qui permette de régulariser honnêtement la situation d’un employé qu’on a pas traité avec les Règles de l’Art quand on prétend fournir un produit de qualité égale et qu’on est fort insistant sur la communication, en façade, en tout cas.

Mais juste sur la bienveillance… Et le discours bienveillant… Et parce que c’est un léger ressenti qui m’a rappelé bien des souvenirs, dès les premiers jours. Rappelez-vous que dans une telle politique où l’accent est mis sur les mots utilisés, chacun d’entre eux, même avec les meilleures intentions du monde, la force aimante de la bonne volonté, et tous les actes qui vont dans le même sens que vous pratiquerez, le moindre mot, si vous êtes au bas de la hiérarchie, la moindre plaisanterie, la moindre légèreté, dans une situation de vulnérabilité vous vaudra tous les blâmes. Pour le reste, je vous laisse apprécier ce récit, sans juger  ni condamner personne, moi-même, puisqu’on ne peut que leur souhaiter de faire mieux à l’avenir… puisque je dois encore contester les quelques documents et manquements procéduriers reçus et que je ne compte pas attendre le Pôle Emploi pour m’en remettre. On m’accusera de procédurerie encore, là où c’est de bonne guerre, et que c’est moi qui y perd le plus, et n’ai et ne disposerai pas de mutuelle avant un nouveau job, vu que je suis pas une meuf très pôle emploi, dans la vie, depuis ces 5 dernières années. Juste cette stigmatisation répétée, qu’être aspie et bien dans sa peau ou de tout faire pour le rester dans un monde très névrosé vous désarme, quand la relation n’est pas juste, égale ou simplement équilibrée. Utilisé à bon escient ce genre de discours peut faire des merveilles, autrement, il construit des murs, comme dans le livre de Marshall Rosenberg que je ne saurais que trop leur conseiller de lire, qui sous la couverture d’une bienveillance supposée vous heurteraient très vite et sans appel, une fois que l’on vous aura acculé tout contre, bien insidieusement. D’un autre côté comment regretter vu l’organisation chaotique qui régnait dans mon service, et une restructuration, qui même dans un sens d’expansion m’a ramenée à d’autres situations vécues, que je puisse deviner la suite. Le discours de la bienveillance, quand il est imposé de manière stricte et assez brutale, c’est aussi parfois celui de la silenciation, et les attentions matérielles ne pansent rien de l’emprisonnement dans lequel il vous clôture. Ce discours là demande quelques subtilités qui ne sont pas forcément aisées à maîtriser, et peut transformer une situation convenable d’un grain de sable, en véritable tsunami destructeur. Si j’ai fauté c’est d’avoir une personnalité, une sensibilité et un grand savoir faire, donc… post expérience… J’étais contente d’avoir mon solde pour recharger mon e-liquid de vapote et m’offrir ce tout petit collier pas très cher (mais très très joli) que je reluquais tant à côté du boulot, les jours d’avant et que je suis aller chercher sans peut de croiser quiconque, tant il était agréable de travailler dans ce quartier que je connaissais déjà, et où je retournerai volontiers, puisque que ma conscience est propre…

 

J’ai besoin de travailler avec des personnes stables qui ont plus d’amour du métier que des avantages, l’amour propre au bon endroit aussi, un peu comme le type cool de la soirée j’en parle parce que ça m’a un peu heureusement transporté, et c’est ce qu’il faut retenir, peut-être pour ça et un bunch de nanas trop chouettes, ça valait le coup, où je puisse être moi-même et pas la pâle imitation d’un discours normatif qui achève la créativité en exergue du profit que quelques robots sans âme en tirent dans une machinerie plus forte qu’eux qui ne tiendra peut-être pas toujours si bien le coup qu’elle y paraît, quand le déséquilibre est déjà entré en son sein, et qu’à plus haut, plus vite, plus loin on laisse de côté l’humain, où trop hâtifs des résultats escomptés, la fusée décolle sûrement encore trop vite et risque peut-être un alunissage loupé. J’ai quelques pistes pour essayer de rebondir sans bouger de chez moi, avec ce que je maîtrise le mieux, les mots, de fait il est difficile d’avoir quelques remord, et Binôme ne me manquera pas. Quelle négativité, me direz-vous, booouh le mal incarné et sans masque !? Au moins je serai libre de faire des plaisanteries qui font rire mon chien… Vraiment… À trop se prendre au sérieux, justement, je crois que certains oublient bien vite leur identité profonde, et ne mesurent pas les conséquences autant qu’il perdent la liberté d’entreprendre qu’ils louent à d’autres, mais leurs plus grands dommages leurs appartiennent comme toujours, et d’une situation infâme, je rebondirai encore, car les plus courtes, comme mes plaisanteries, sont aussi les meilleures… 🙂

 

Et je relirai 3 fois, non 10, le petit guide sur la manipulation mentale de l’AFFA qui m’a gentiment autorisée à le publier… et vous reproduis ici les réponses de mes proches, connaissances et anciens collègues, à la question : « Quelqu’un peut-il me dire si je suis une personne négative et me l’argumenter, s’il vous plaît? »

 

  • Ancienne collègue (qui était prête à ce que je la coopte car elle travaille depuis longtemps dans une entreprise où la mauvaise ambiance règne mais dont le contrat est en règles) : 

« cesse un peu tout cela est absurde tes amis ne répondent pas car tu n’as en rien à prouver que tu n’es pas négative ! cette attaque sans fondements est une grave faute de leur part »

  • Une récente copine de réseaux sociaux, en recherche sur le SA :

« je te connais peu, pas vraiment, mais j’ai pas eu une seule fois une once de cette impression là ! C’est juste des XXXXXXXX à ton (ex) taf !
Les laisse pas t’amener à te dénigrer !
J’ai lu ta présentation sur ton blog, de ton parcours, de ton CV, et tout, et tu as sans l’ombre d’un doute bien plus d’expériences, et de tout pleins de choses que ces XXXXXXXXXX ! 
Hold on ! »

  • Une autre copine aspie :

« Si personne répond c’est que personne peut te dire que tu es négative et te l’argumenter 😉 »

  • Un ami artiste de longue date, aux multiples talents plastiques, qui chante et conçoit des pièces de théâtre : 

« Non tu ne l’es pas »

  • Un autre copain, de copines et d’autres copains :

« Non, non, non pas du tout ! »

  • Un autre pote et ancien collègue cadre, avec qui on a gardé contact :

« Les pessimistes et négatifs ne se lancent pas dans des projets où il faut créer quelque chose comme tu le fais, ils attendent que les autres prennent l’initiative et se contentent de critiquer. » (n’est-ce pas justement ce qu’il vient de se passer?)

 

C’est suffisant, je pense.

 

Voilà pourquoi j’estime que j’en ai assez fait pour montrer patte blanche sur place et que je n’ai en effet pas de raison de me justifier ici, ou d’en ajouter puisque l’histoire parle d’elle-même…  Là où j’ai été la victime saugrenue de personnes teintées d’un grand mal être intellectuel qui ont sauté sur la première occasion pour le retourner contre moi d’une manière somme toute assez violente et destructrice, en maintenant des prétentions contraires à la surface de leurs condescendances respectives… Mais il y a aura encore peut-être une suite…. qui sait… Et je suis loin d’être un cas unique. Avec ou sans autisme, ces situations se répètent en entreprise, et même les plus modernes, qui prétendent donner l’exemple et la tournure de l’entreprise de demain n’y coupent pas.

 

Hier encore je lisais qu’une femme autiste s’était faite virer un peu pareil sans raison, et une autre après plus d’une décennie d’activité avait du aussi prendre les mesures nécessaires pour ne plus se faire exploiter de la sorte… Vraiment, qui que vous soyez, à quel poste, avec ou sans handicap… Réfléchissez un peu à votre ouverture d’esprit, avant de nous mettre vos maux, vos erreurs et vos propres incompréhensions sur le dos. Ma dignité en prend un coup, mais sûrement moins que l’image que vous voulez vous donner. Mais pour la leçon, oui, une prochaine fois, je ne ferai aucun effort d’adaptation positive qui dépareille, peut-être (j’en suis bien incapable en réalité, mais j’essaierai), et me laisserai porter par la vague, à titre expérimental, comme Binôme qui m’a surtout donné la leçon qu’au travail qu’on ne connaît pas encore, des à la fois forts et fragiles comme moi ne peuvent se permettre aucune amitié, merci pour ça, je vois déjà ta tête quand tu verras que le bulletin de paie n’est pas si prometteur que le contrat conclu, et c’est de peu de mauvais esprit à comparé de ce que tu m’as fait vivre et perdre, et je ne sais sur quelle durée parier que maintenant que je suis partie, le voile risque d’être levé aussi, sur ton attitude et ta façon plaintive de subir en apparence en trahissant dans les profondeurs.

 

Les personnes comme nous agissent souvent comme des révélateurs. Si vous n’êtes pas prêts à regarder vos réalités en face, il vaut mieux en effet, nous éviter. Être ouvert d’esprit ne tient pas aux dires ou à la simple volonté de l’être  pour gonfler nos égos sur l’air de la tolérance, mais à l’enseignement et aux informations prises sur ce que nous ne connaissons pas et qui sauraient réellement nous élargir la pensée, pour en prendre le chemin.

LIVE IN THE SUNSHINE

Prochaine épisode : TOUT TOUT TOUT SUR LE RAP BLANC ET L’AUTISME !

 

 

 

 

 

 

 

 

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