L’enfance…

Après un 1er article sur la petite enfance, qui je le souhaite aidera certaines personnes en questionnement à trouver des similitudes avec leur propre parcours, ou des différences pour le mieux aussi, je compte partager avec vous, la meilleure partie du gâteau de ma vie… L’enfance.

Mes meilleurs souvenirs sont gravés ici, à quelques accidents près. Étant donné que j’avais parlé et formulé des phrases complètes assez tôt, lire, écrire et compter ont été des jeux d’enfants, alors en ajoutant une poupée Barbie si j’étais 1ère ou 2ème de la classe au bout des contrôles, inutile d’agiter la carotte bien loin pour que je m’y tienne. Ma mère avait tellement bataillé avec les leçons et les récitations de ma sœur sept ans auparavant, que’elle était juste époustouflée, qu’il suffise que j’ouvre les yeux et les oreilles de temps en temps pour que les bonnes notes pleuvent.« Tu lisais la récitation une fois… et tu la connaissais par cœur ». J’avais des facilités déconcertantes. L’avantage d’avoir une excellente mémoire visuelle et auditive m’a permis de me tenir loin du moindre effort jusqu’à la Terminale. Bien sûr, je faisais des bêtises. Plutôt créatives, même, sans entrer dans le détail, mais du moment que les notes suivaient, j’obtenais à peu près tout ce que je pouvais espérer. Et tout était comme ça, quand j’en avais marre de marcher, il suffisait de m’acheter une bricole, n’importe quoi, même un autocollant et je repartais sans broncher. J’étais la « chouchoutte » de la maîtresse et la copine de la meuf de 6 ans la plus populaire de l’école. Enfin jusqu’à ce que Sandy arrive. Mais avec Barbie, on se remet de tout, tu sais. Aurélie a déménagé et mes meilleures amies sont devenues les vilains canards. Celles que personnes n’aime pour des raisons aussi odieuses que les enfants peuvent inventer, des dernières de classes, des bizarroïdes et des exclues de toute sorte.

En réalité, j’étais simplement insupportable. Même si je ne faisais pas de bazar à l’école, à la maison, on ne savait pas quoi faire de moi.

À 8 ans, ma sœur a suggéré que je devais être malentendante, parce que je ne répondais pas lorsqu’on m’appelait quand j’étais absorbée par quelque chose. Après m’avoir emmené chez l’ORL, on a découvert que j’entendais mieux que quiconque, et est né le jeu avec mon père de jusqu’à quel endroit de la maison j’entendais le tic tac de sa montre… à 30 mètres. Une histoire tous les soirs avec Papa, un chocolat quand je suis malade. La Reloue Suprême.

Mon père, d’origine Croate, a souhaité que j’aille les mercredi matin dans une classe yougoslave d’une autre école. Jusqu’à ce que j’ai mal au ventre tous les mercredi matin pour de ne pas vouloir y aller et que ma mère finisse par hurler : « — Mais tu vois bien qu’elle fait SEMBLANT-TOUTES-LES-SEMAINES pour ne pas y aller! On va arrêter ça maintenant! ». C’est vrai que j’en avais marre de Tito. Et surtout de ne pas comprendre si c’était un espèce de chien magique avec des supers pouvoirs pour sauver le Monde, un Dieu, ou que-sais-je. Mon père n’était pas spécialement titiste, non plus. Je ne comprenais pas pourquoi j’étais privée de Club Dorothée à cause de cette école pendant que tous les autres auraient Ken Le Survivant à la bouche le lendemain et moi non. Je parle croate depuis la naissance, et nous passions tous nos étés en Istrie, où j’avais une copine que je retrouvais tous les ans et avec qui je m’entendais exceptionnellement bien, certainement parce qu’on avait une propension aux bêtises et qu’on inventait des histoires totalement farfelues. Je me souviens d’une chanson inventée en yougo sur le fait d’être des bandits de grands chemins, avec ma copine Saska et de cambrioler les gens dans la nuit pour leur voler de l’or, qui ont rimé dans nos bouches tout un été de 1988 J’ai toutefois appris à cette école les bases écrites du cyrillique serbe qui m’a donné des facilités en russe, plus tard. J’ignore si je faisais semblant d’avoir mal au ventre ou pas, je sais juste qu’aujourd’hui n’importe quelle grosse contrariété me rend physiquement malade et que mon corps génère des métaphores littérale des maux psychiques que je peux avoir. Comme ne pas digérer une nouvelle pour une promotion d’emploi refusée… et attraper l’appendicite la seconde d’après tandis que personne de ma famille ne  l’a eu sur les cinq dernières générations. Donc, il ne fallait pas trop me contrarier. Donc j’étais épuisante et le seul moyen d’obtenir quoique ce soit de ma part était de me faire marcher à la carotte, les punitions n’ayant aucun effet sur moi.

Il y a eu une femme de ménage adorable qui me ramenait toujours des petits cadeaux,  comme les jouets des paquets de Bonux, ma mère ayant repris le travail  après 14 ans de bons et loyaux service comme femme au foyer n’arrivant plus à tout gérer, en particulier moi, ces fichus mercredi après-midi qui se terminaient en guerre des nerfs avec ma sœur et dans les cris. En plus de jacter sans cesse et de poser des questions. JAMAIS.

Dans le désordre j’ai : coincé mon pied dans l’ascenseur de l’immeuble en jouant avec les voisines. Brûlé un pyjama avec une bougie d’anniversaire… fumé ma 1ère bouffée de cigarette de papa qui reposait sur un cendrier le temps d’une quelconque manœuvre à six ans pendant les vacances en Croatie, (je crois qu’ils ne savent pas : donc ça aussi), suis partie jouer malgré les interdictions, ait créé avec l’aide de celle qui aujourd’hui est mon amie d’enfance depuis 1988 en dépit d’une séparation de 10 ans, un cimetière complet des oiseaux morts de l’immeuble au pied d’un arbre dans le but de le déterrer plus tard pour faire des études anatomiques de leurs squelettes, il serait inutile de tenter de compter les objets que j’ai cassé, pillé ou déformé à vie, donné du croissant au chien que nous avions malgré l’interdiction et rit sous cape quand il a enfin vomi sur la cuisse de ma sœur en allant en vacances, braqué les caves d’un immeuble pour des trésors d’enfants tels que des sacs de papier et des jeux de société… J’en passe de moins racontables.

On m’a aussi mis à faire de la danse les mercredis après-midi pour avoir une trêve… Jusqu’à ce que j’ai mal au ventre tous les débuts d’après-midi avant d’y aller. Mon père a cette vidéo qu’il a filmé avec un caméscope analogique prêté pour filmer le spectacle… J’ai inventé le video-bombing à neuf ans. Je tourne autour de lui tout du long en faisant des grimaces et en racontant tout et n’importe quoi pendant qu’il essaie difficilement de décrire la vue de la fenêtre et le reste jusqu’à mes posters de Madonna.  Elle se termine par ma sœur qui tente de réviser allongée sur un tapis et que je traite de face de rat. j’aimerais pouvoir dire que mes parents ont manqué d’autorité… mais très sincèrement en face de l’ostrogoth que je pouvais être, il y avait peu de choses à faire à part limiter la casse pour éviter mes crises intempestives. Ma mère s’est éprse de la chanson « Comme un Ouragan » le temps que ça a duré… J’ai hurlé ma race à chaque fois qu’elle passait à la radio. Quelque chose qui coince dans l’oreille.

J’étais difficile pour tout ce qui concerne la nourriture. Donc sans me faire des repas spéciaux et surtout le moins varié possible, impossible que je mange. Tout ça a fini avec une table seule au salon devant mes dessins animés préférés. Je précise aussi que me coiffer, m’habiller avec des « trucs qui piquent », me faire me brosser les dents, laver les mains relevaient du défi. Je me demande encore comment ma mère a enduré tout ça. Et pourtant j’en suis encore reconnaissante aujourd’hui, en particulier sur la nourriture, parce que si elle avait à tout prix tenté de me forcer, quelle que soit la manière, ça n’aurait  pu être que pire et j’aurais facilement pu développer des troubles alimentaires ensuite.

Bien sûr j’ai été punie. Souvent, même. Et sans jamais faire le rapport de cause à effet. On va même remonter rapidement le temps à la prime enfance pour vous expliquer.

La seule menace efficace était que si ma sœur et moi n’étions pas sages, au lieu de passer nos journées à se faire les mille misères, nous passerions nos prochaines vacances chez notre grand mère française… (qui était le contraire d’une mamie-gâteaux.) Au cas où un changement de décor nous aurait dissuadées de tenter de nous assassiner l’une l’autre à la moindre inattention.

Vers 1985, à 4 ans, ma grand-mère a insisté que je mange des radis que je ne souhaitais pas manger. Une fois trop salés il a fallu qu’elle insiste sans quoi je serais punie toute l’après-midi avec interdiction d’aller dehors voir les chiens, et les autres animaux, ou juste jouer. Qu’à cela ne tienne, j’ai trouvé une boite de petit beurre de lu. Un crayon bleu. Une feuille. je l’ai reproduit. Si bien qu’au bout d’une heure ou deux on s’est bien demandé pourquoi on ne m’entendait pas hurler à la mort et à l’injustice depuis la cuisine, et j’avais le cri qui porte haut et loin. Croyez vous que j’ai eu le sentiment d’être punie?

J’ai ramassé des feuilles dans la cour des maternelles,  à 3 ans. Un si beau bouquet qu’il était hors de question que je m’en sépare, et d’ailleurs les autres enfants m’ont prévenu qu’il valait mieux l’abandonner en fin de récré. Mon attachement aux objets fait que je n’ai pas compris le tenant ou l’aboutissant de ces sommations. Je ne vous raconte pas l’ivresse de colère rouge de la maîtresse. On m’a dit de rester dehors derrière la porte. Je suis allée faire une petite balade sympa dans les couloirs jusqu’à ce que je tombe sur la directrice qui m’a demandé ce que je faisais là et que je lui réponde : « Je me promène, Madame K. »… 3 ans. Pensez-vous que j’ai compris que j’étais punie?

Quand j’étais encore un bébé, ma mère a fini par m’attacher dans la poussette parce qu’un jour en allant regarder les meubles chez Habitat, à 18 mois et en me laissant devant une étagère (à l’époque on prenait ce genre de risque, on avait pas peur, que veux tu qu’un bébé fasse devant une étagère), la vendeuse a du lui demander si c’était à elle, le bébé agrippé au dernier étage d’une étagère les pieds dans le vide… (Marcher non, mais grimper, pourquoi pas).  Il a fallu m’attacher. Confiante, elle m’a laissé un jour dix minutes à ses copines du quartier au jardin d’enfant le temps d’acheter des cigarettes. Les copines se sont demandé comment diable on pouvait me laisser attachée comme ça. et sont empressées de me libérer. J’ai attrapé une bouteille d’eau d’1,5L pleine et l’ai renversé sur ma tête pour que maman me retrouve cul nu. J’avais chaud.

Quant aux vrais amis, mes centres d’intérêts pour les objets s’étaient étendus aux pots de yaourts (si je ne pleurais pas quand je les voyais dans la poubelle, j’étais prise d’une immense amertume). Au pire « Doudou » en laine fait main du bac à jouets des petits, et mes jeux de Barbie ont tous fini par « Et après sa chute de la falaise, se fit frapper par Ken, si ce n’est à mort, elle finit avec un plâtre après une prise en charge en urgence au CHU » (en papier, le plâtre). J’ai eu une fascination pour le Grand Larousse Médical Illustré de 1974 de la bibliothèque familiale de cinq à plus de vingt trois ans. Tant pour les images que le texte. Et des poumons de fumeurs, des cancers en stade terminal, des éléphantiasis, des hydrocéphales… Tout ça valait mieux que toutes les histoires mièvres et autres malheurs de Sophie, pour créer une diversion à l’ennui jusqu’à lire et retenir pendant quelques années les particularités de toutes les psychoses répertoriées dedans, quoique j’en pense aujourd’hui, qu’on t’explique que les paranoïaques sont plutôt trapus, les objets récurrents d’une bouffée délirante, les trips mystiques de la schizophrénie… Rien ne m’échappait. J’ai loupé une carrière. L’anatomie, la médecine, les interactions médicamenteuses, le fonctionnement du cerveau, de chaque organe, des bactéries, des bacilles, les propriétés des plantes et de tous les aliments n’ont jamais cessé de me fasciner depuis.

Après cette maternelle de découvertes un peu ennuyeuse depuis le fond de la cours et tant d’observations, il a bien fallu entrer dans le jeu social, bon gré mal gré et tenter d’en faire quelque chose de construit, là où ça n’était pas inné n’est-ce pas? J’ai fait de mon mieux et je pense ne pas trop avoir raté cette partie.

J’ai eu la chance d’avoir une mère présente jusqu’à mes 6 ou 7 ans. Et un papa architecte dont le métier consiste à faire des dessins, qui parle plusieurs langues avec aisance, termine les mots croisés double page du Journal TV en 30 minutes chrono le dimanche  pendant que Maman cuisine quelque chose que la cadette daignera bien vouloir avaler sans faire la moue. Je pourrais aussi bien résumer cette période par R.A.S, mais ça n’aurait pas le sens de là où je souhaite en venir en résumant en plusieurs parties, le vécu qui m’a amené au diagnostic du Syndrome d’Asperger.

 

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